Le début d’un conflit entre l’Iran et la Turquie ?
Depuis le début de la guerre, l’Iran épargne la Turquie de ses frappes. Car attaquer un membre de l’OTAN peut être risqué et entraîner un conflit à grande échelle. Mais aussi car la Turquie – qui a condamné les attaques d’Israël et des États-Unis contre l’Iran – joue un rôle de médiateur. Le pays pourrait, dans le futur, faciliter un potentiel dialogue entre les pays du Moyen-Orient.
Pourtant, ce mercredi, la Turquie a détecté un missile en provenance de son voisin iranien. Selon un responsable turc à l’AFP, ce missile ne visait pas directement la Turquie. «Nous pensons qu’il visait une base militaire» à Chypre, «mais qu’il a dévié de sa course». Pourtant, le missile a survolé l’Irak et la Syrie, avant de se diriger vers l’espace aérien turc. Il a ensuite été intercepté par les systèmes de défense de l’OTAN en Méditerranée orientale. Si le ministère turc a affirmé dans un communiqué publié sur X que l’incident n’a fait aucune victime, la Turquie a pris des mesures. «Comme lors de l’incident de ce matin, nous prenons toutes les précautions nécessaires en étroite concertation avec nos alliés de l’Otan. (…) Nous effectuons nos avertissements avec la plus grande clarté afin d’éviter que de tels incidents ne se reproduisent», a réagi le président turc, Recep Tayyip Erdogan.
Par ailleurs, la Turquie a convoqué mercredi soir l’ambassadeur d’Iran afin d’exprimer sa «préoccupation» après cet incident, a indiqué une source diplomatique turque. Lors d’un appel téléphonique, le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan a expliqué à son homologue iranien, Abbas Araghchi, que «toute mesure susceptible d’entraîner une escalade du conflit devait être évitée», selon la diplomatie turque. En réponse, Abbas Araghchi «a souligné que les ripostes défensives de l’Iran contre les agresseurs américano-sionistes visent les bases et les cibles utilisées pour planifier et mener des opérations agressives contre l’Iran, et que cela est tout à fait conforme au droit international», a rapporté l’agence iranienne Tasnim.
«Ankara redoute un nouvel afflux de réfugiés»
Si elle n’est pas directement concernée, la guerre du Moyen-Orient a aussi des conséquences sur la Turquie. C’est l’un des principaux pays d’accueil de migrants du monde. Près de 2,7 millions de réfugiés syriens vivent toujours en Turquie, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur publiés en mai 2025. Payée par l’Union Européenne dans le cadre d’un accord migratoire, la Turquie fait face à des tensions et des violences croissantes entre la population turque et les réfugiés syriens. Aujourd’hui, Ankara redoute un nouvel afflux de réfugiés iraniens et refuse de se retrouver dans une situation similaire à celle vécue avec les Syriens.
En plus de cette fragilité sociale, le pays doit faire face à des défis économiques qui le préoccupent. La guerre en cours au Moyen-Orient met en danger plusieurs secteurs vitaux tels que le commerce, le tourisme et l’approvisionnement en énergie. Alors que l’économie turque souffre déjà d’une inflation importante, qui a augmenté de 31,53% sur un an en février, la hausse des prix du pétrole ne fait qu’aggraver la situation.




