Pour ce faire, la nouvelle loi propose aux individus étrangers qui voudraient s’installer en Turquie un taux d’imposition fixé à 0 % pour les vingt premières années de résidence, rapporte la version turque du média financier BloombergLe projet de loi a été voté par le Parlement turc le 21 mai.

À la seule condition de ne pas avoir déjà résidé sur le sol turc durant les trois dernières années, les nouveaux venus pourront donc voir leurs revenus venus de l’étranger totalement exemptés d’impôt – ce qui concerne donc au premier chef les travailleurs à distance ou les rentiers. Ankara tentant également de supplanter Dubaï et de devenir la nouvelle place financière du Moyen-Orient, les employeurs du secteur de la finance bénéficieront aussi d’une réduction d’impôt sur une partie de leurs salaires perçus en Turquie.

 

Blanchiment d’argent

Sur les réseaux sociaux, les comptes spécialisés dans l’expatriation fiscale ont immédiatement commencé à dresser la liste des avantages comparatifs de la Turquie, dont une certaine qualité de vie, la gastronomie, les paysages et le coût de la vie, en constante hausse, même si Istanbul ou Bodrum restent plus abordables que Dubaï.

La loi adoptée par le Parlement turc contient également d’autres dispositifs visant à attirer les investisseurs étrangers mais aussi des allègements de charges pour les entreprises turques, en particulier celles du secteur de l’import-export. Le signe, pour certains, d’un début de campagne électorale, alors que le pouvoir réfléchirait à annoncer la tenue d’élections anticipées pour la de fin 2026 ou 2027. “En 2023, les mesures économiques prises par le pouvoir pour gagner les élections ont fait fuir les investisseurs étrangers, il s’agit désormais d’attirer à nouveau ces capitaux étrangers pour financer le système et les nouvelles mesures électorales”, détaille l’économiste Hayri Kozanoglu, interrogé par le quotidien Cumhuriyet.

Mais les riches rentiers, les travailleurs nomades et les grandes firmes financières ne sont pas les seules cibles d’Ankara, qui s’intéresse aussi aux fraudeurs et à l’argent du crime, dénonce la presse d’opposition. Le président Recep Tayyip Erdogan a ainsi déclaré une nouvelle “amnistie fiscale” visant les capitaux détenus à l’étranger par des citoyens turcs. Il s’agit d’une nouvelle version, plus avantageuse, de mesures déjà mises en place par la Turquie ces dernières années permettant aux détenteurs turcs ou aux résidents fiscaux du pays d’y rapatrier leurs actifs (principalement en argent liquide et en or).

Ceux qui postuleront avant juillet 2027 pourront, dans le cadre de ce programme, rapatrier leurs capitaux en Turquie sans que l’administration fiscale les interroge sur leur provenance, explique le média en ligne T24. Pour bénéficier de la mesure, il suffira de s’acquitter d’un paiement maximal de 5 % de la valeur totale de la somme qui entrera dans le pays, ceux qui s’engagent à l’y maintenir un certain nombre d’années et à investir dans le pays bénéficiant de réduction jusqu’à 0 %, détaille le média.

 

Appel d’air

Des mesures similaires mais moins poussées avaient déjà, dans le passé, crée un appel d’air pour l’argent issu d’activités occultes, qui se retrouvait ainsi blanchi en Turquie, rappelle la version turque de la Deutsche Welle“Il n’y a plus d’argent dans les caisses de l’État, donc ils tentent le tout pour le tout afin d’en faire entrer”, résume Emre Sirin, expert en fiscalité interviewé par le média public allemand. En prenant cette mesure et en contrôlant de manière insuffisante l’origine des fonds entrant dans le pays par ce biais, la Turquie prend le risque de se retrouver à nouveau sur la liste grise des pays facilitant le blanchiment d’argent international, dont elle était sortie en 2024, met en garde l’expert.

Le quotidien d’opposition de droite Yeniçag est tout aussi inquiet“Le risque n’est pas seulement de placer le pays sur la liste grise, mais de transformer aussi nos rues en arrière-cour des cartels internationaux”, dénonce le journal, qui rappelle les nombreux règlements de comptes intervenus dans les rues d’Istanbul entre groupes mafieux des Balkans, d’Europe ou même d’Australie pour bénéficier des mesures avantageuses offertes par Ankara.