Soucieux de préserver ses excellentes relations avec Donald Trump ainsi que son rôle géopolitique croissant au Moyen-Orient, le président turc Recep Tayyip Erdogan déroule le tapis rouge pour la réunion prévue en Turquie, les 7 et 8 juillet, des chefs d’États membres de l’Otan. Les rues de la capitale, Ankara, bruissent des préparatifs, mais l’opposition s’indigne du branle-bas sécuritaire déployé depuis quelques jours.
Sur le réseau social X, le député du Parti républicain du peuple (CHP) Namik Tan souligne ainsi que, de tous les sommets organisés par l’Otan depuis sa création (dont l’un déjà à Istanbul, en 2004), “nous n’avons jamais été témoins de mesures de sécurité aussi strictes et étouffantes”. Des mesures qui sont, selon lui, en contradiction avec une organisation “qui prétend, depuis sa fondation, être une alliance d’États démocratiques”.
“La vie s’arrête à Ankara avant le sommet”, déplore le média en ligne Medyascope, qui souligne que tous les rassemblements et manifestations publiques, y compris les concerts ou les remises de diplômes, seront interdits sur la période du 28 juin au 12 juillet, par ordre préfectoral. Les fonctionnaires des quartiers centraux de la capitale seront placés en congés administratifs pendant une semaine et un ancien aéroport sera rénové pour l’arrivée des délégations, souligne le média. Comme l’ensemble des principaux médias d’opposition, Medyascope s’est vu refuser son accréditation pour couvrir le sommet, aux côtés de centaines de journalistes étrangers.
Un parc fermé pour les footings de Macron
Les principales artères de la capitale seront également fermées à la circulation et 40 000 membres des forces de l’ordre déployés dans les rues, précise le quotidien islamo-nationaliste Yeni Safak.
Des panneaux ont déjà été installés au bord des routes qui seront empruntées par les délégations étrangères afin de cacher les bidonvilles, se scandalise le quotidien nationaliste d’opposition Sözcü, qui rapporte également que plusieurs parcs de la ville seront fermés pour permettre au président français Emmanuel Macron d’effectuer son footing en toute sécurité.
“La vie quotidienne dans la capitale devient un enfer”, s’indigne le quotidien de gauche Birgün, qui déplore également “les arrestations à leur domicile de syndicalistes, journalistes, étudiants” qui se multiplient à l’approche du sommet, le pouvoir voulant éviter tout risque de manifestations pouvant entacher son image. Le 23 juin au matin, 233 personnes ont ainsi été arrêtées à leur domicile, à Istanbul et Ankara, accusées d’appartenance à des organisations reconnues comme “terroristes” par les autorités.
Parmi les interpellations figurent, de manière surprenante, des membres d’un groupe de retraitées adhérentes d’une association écologiste, TEMA. Au début du mois, elles avaient été contrôlées par la police alors qu’en route vers une excursion ornithologique non loin d’Ankara, elles avaient apporté de loin leur soutien à un groupe de mineurs en grève, qui manifestaient sur la route.
Les interpellées sont désormais accusées d’appartenance au Parti communiste de Turquie/marxiste-léniniste (TKP-ML), un groupe armé maoïste longtemps actif, notamment, dans les montagnes du centre du pays, souligne un éditorialiste du quotidien nationaliste d’opposition Cumhuriyet. S’indignant de voir le parquet “présenter fièrement l’opération”, le journaliste intitule ironiquement son article “L’Organisation des tantes maoïstes [‘teyze’, qui signifie ‘tante’, est une appellation familière et chaleureuse pour les femmes âgées]”.




