Reçu avec les honneurs par son “très bon ami” l’islamo-nationaliste Recep Tayyip Erdogan, lors du sommet de l’OTAN à Ankara début juillet, le président américain Donald Trump a promis de lever les sanctions qui visent Ankara et lui interdisent l’achat des avions de combats américains de dernière génération F-35.

Le sujet empoisonne les relations américano-turques depuis 2019, quand Ankara avait été éjectée du programme de conception de l’avion, où elle figurait en tant que membre de l’Otan, en raison de son achat du système de défense antiaérienne russe S-400. La proximité entretenue alors avec Moscou inquiétait Washington qui craignait également que le déploiement simultané des S-400 et des F-35 ne permette aux Russes d’apprendre de nombreuses choses sur les qualités techniques de l’appareil et notamment sur sa furtivité, l’un de ses principaux atouts.

“L’achat des S-400 a coûté 2,5 milliards de dollars [2,1 milliards d’euros]. La Turquie a été exclue du programme des F-35 où elle avait investi 1,4 milliard de dollars [1,2 milliard d’euros], sans compter les pertes pour les sous-traitants turcs qui devaient fournir certaines pièces de l’avion, qui se chiffrent autour de 9 milliards de dollars [7,8 milliards d’euros]”, critique le quotidien T24.

Et surtout, malgré les promesses de Trump, il n’est toujours pas certain que cette vente puisse avoir lieu. En vertu d’une loi spéciale, le président américain est tenu, sur ce dossier particulier, d’obtenir l’aval du Congrès. Les élus démocrates y sont très peu favorables, comme le souligne l’influent sénateur Chris Van Hollen, interrogé par la chercheuse Gönül Tol : “Erdogan a été un allié infidèle de l’OTAN et continue d’intensifier les attaques contre la démocratie et l’État de droit.”

 

Un puissant levier pour Moscou

La Grèce, aussi membre de l’OTAN, Chypre, mais surtout Israël ont également fait part de leurs inquiétudes. Les critiques publiques formulées à ce sujet par Benyamin Nétanyahou ont “mis Trump en colère”, relate le média américain Axios.

Autre obstacle majeur, Ankara doit encore trouver le moyen de se débarrasser de son stock de S-400. Erdogan refuse, comme le lui demandent certains pays européens, d’envisager de les livrer à l’Ukraine, par crainte d’une crise majeure avec Moscou. Pour la première fois, la Russie, qui a précisé qu’il s’agissait “d’une question extrêmement sensible”, a annoncé vouloir donner son feu vert à une éventuelle vente de ces équipements par la Turquie à un autre pays.

Un journaliste, souvent bien renseigné, du quotidien progouvernemental Hürriyet affirmait même le 10 juillet que la vente avait lieu au profit du Qatar ou des Émirats arabes unis, sans qu’aucune confirmation officielle n’ait été publiée. Il n’est d’ailleurs pas certain que la Russie accepte facilement de se priver de ce formidable levier, clé du rapprochement turco-américain, dont elle dispose.