Dans ce dernier, qu’il a qualifié d’“absurde” et de “honteux” lors de sa première audience, rapporte BBC Türkçe, lui et ses coaccusés risquent entre quinze et 20 ans de prison. Il est jugé aux côtés de son ancien directeur de campagne et d’un journaliste d’opposition, ex-directeur de l’une des rares chaînes de télévision d’opposition, Tele 1.
À l’origine de ce procès, la dénonciation de l’homme d’affaires Hüseyin Gün par son propre beau-fils, qui l’accusait d’être un espion. L’homme avait depuis des mois tenté de vendre, sans succès, à l’équipe du maire d’Istanbul un algorithme censé les aider dans la campagne électorale.
L’homme figurait, au côté de sa mère adoptive, mécène de Tele 1, sur une photo avec le maire d’Istanbul après sa victoire, résume le célèbre journaliste d’investigation Timur Soykan dans une vidéo. Le reporter souligne l’inexistence de preuves matérielles pointant vers un quelconque crime. “Vous pouvez tous être accusés du jour au lendemain d’espionnage !” met-il en garde.
Faux “repentis”
Surtout, alors que la presse progouvernementale soulignait que tout le procès reposait sur les “confessions” de Hüseyin Gün, il apparaît désormais à l’ouverture du procès que ce dernier nie être coupable et réfute avoir jamais voulu être un “repenti”. Un statut très utilisé dans les procès politiques récents en Turquie, qui permet à celui qui l’endosse de dénoncer ses coaccusés en échange d’une remise de peine.
“Il est maintenu à l’isolement en détention depuis un an et, d’après ce qu’on comprend, les procureurs l’ont fortement poussé à produire de faux témoignages”, dénonce le journaliste et ancien directeur de Tele 1, Merdan Yanardag, dans un article écrit depuis sa prison et publié par le quotidien de gauche Birgün. “Je l’ai aussi dit à l’audience et je le répète ici : toute nouvelle déclaration (par exemple, obtenue sous la promesse d’une libération) sera totalement dépourvue de valeur juridique”, écrit le journaliste. Le procès devrait reprendre le 6 juillet.
Mais ces volte-face des “repentis” ne sont pas toujours prises en compte. Fin avril, Mehmet Pehlivan, avocat d’Imamoglu et lui aussi emprisonné, dénonçait aussi le fait qu’un autre “repenti” baptisé du nom de code “Ilke” soit revenu sur ses déclarations, mais que ses “confessions” soient néanmoins citées 61 fois dans l’acte d’accusation, soulignait le média en ligne Gazete Pencere.
Popularité d’Imamoglu
Alors que les observateurs s’attendent à une élection présidentielle anticipée en 2027 – pour permettre au président islamo-nationaliste Recep Tayyip Erdogan de se représenter –, le maire d’Istanbul caracole toujours en tête des sondages, le plaçant vainqueur face au président turc, avec 55,6 % des voix selon le média en ligne T24, et 57,35 % selon une autre enquête citée par le quotidien Sözcü.
Mais même s’il était acquitté dans les procès qui le visent et libéré, Ekrem Imamoglu ne pourrait pas être candidat. Juste avant son arrestation, en mars 2025, l’université d’Istanbul avait annulé la validité de son diplôme universitaire, une condition indispensable en Turquie pour être candidat.





