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Les Echos, le 06/09/2026
Par Julien Boitel
Les Houthis du Yémen ont affirmé lundi avoir frappé l’aéroport international de la capitale saoudienne. Ils ripostaient au soutien aérien de l’Arabie saoudite à la contre-offensive lancée par les forces gouvernementales yéménites contre les combattants pro-iraniens.

Les combats avec les Houthis s’intensifient. Les rebelles ont indiqué lundi soir avoir attaqué à l’aide de drones, de missiles balistiques et de missiles de croisière l’aéroport international de Riyad. Ils ont aussi visé une raffinerie d’Aramco à Rabigh, tout comme des sites militaires et des aéroports du sud du pays, selon leur porte-parole militaire, Yahya Saree.
Les Houthis ripostent ainsi au soutien aérien de l’Arabie saoudite à la contre-offensive lancée par les forces gouvernementales yéménites contre ces combattants pro-iraniens. Dénonçant une « agression » et faisant état de 60 frappes aériennes saoudiennes en 24 heures, les rebelles ont averti les compagnies aériennes que le ciel au-dessus de l’Arabie saoudite n’était désormais « pas sûr », à l’exception des villes saintes de Médine et La Mecque, qu’ils soutiennent ne jamais avoir visées. Ce mardi, l’Autorité générale de l’aviation civile saoudienne a d’ailleurs rapporté que trois personnes avaient été blessées dans des frappes sur les aéroports saoudiens de Jizan et Najran.
La bataille du détroit de Bab el-Mandeb
Les forces gouvernementales du Yémen, soutenues par les avions de combat saoudiens depuis lundi, ont, de leur côté, revendiqué lundi soir sur X des « victoires sur plusieurs fronts », affirmant en particulier avoir « repoussé les Houthis de la zone de Bab el-Mandeb, de l’aéroport de Dhubab, du camp al-Omari et de la ville de Mokha ». Elles ont aussi déclaré avoir progressé dans la région de Taëz, grande ville du Sud-Ouest encerclée par les combattants pro-iraniens.
Mais les Houthis contestent ces prises, niant avoir cédé du terrain, et déclarant contrôler « parfaitement toutes leurs avancées sur le terrain », selon leur porte-parole militaire, Yahya Saree. Des sources militaires yéménites se sont d’ailleurs abstenues de confirmer officiellement la reprise de Mokha, indiquant que les forces gouvernementales avaient coupé la seule voie d’approvisionnement vers ce port stratégique pris par les Houthis en septembre.
Dans cette zone, les Houthis avaient renforcé le mois dernier leur contrôle sur le détroit de Bab el-Mandeb, dont l’importance stratégique s’est accrue avec le verrouillage par l’Iran de celui d’Ormuz, de l’autre côté de la péninsule Arabique, après le début de la guerre au Moyen-Orient en février.
La Turquie et le Pakistan en soutien
Alors que le conflit s’accélère au Yémen, l’Arabie saoudite enregistre le soutien de la Turquie et du Pakistan. Après une réunion lundi à Riyad, les deux nations ont promis de fournir « des forces et moyens militaires » et de « les déployer rapidement dans le royaume », selon un communiqué. Ce soutien découle d’un accord de défense mutuelle signé entre les trois pays, en août, à La Mecque.
Cet appui soulage quelque peu l’Arabie saoudite. Le royaume, qui peine à repousser les attaques des Houthis, a plusieurs fois demandé un soutien international, notamment des Etats-Unis, sans succès jusqu’à présent. Il va donc pouvoir compter sur la Turquie, qui possède la deuxième armée de l’Otan, et le Pakistan, seule puissance nucléaire du monde musulman.
La France a annoncé, pour sa part, le déblocage de trois millions d’euros supplémentaires pour le Yémen, portant l’aide totale française en faveur de la population yéménite à plus de 7 millions d’euros en 2026. « La France n’oublie aucune des nombreuses, trop nombreuses crises humanitaires qui continuent de nous mobiliser en Afrique, au Proche et au Moyen-Orient », a justifié mardi Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères. « Je pense notamment au Yémen, où l’offensive des Houthis sur le détroit de Bab el-Mandeb a provoqué un nouveau choc humanitaire ».
L’escalade des hostilités menées par les Houthis contre l’Arabie saoudite a provoqué ces derniers mois d’importants dégâts sur les infrastructures énergétiques. Dimanche, le très stratégique oléoduc Est-Ouest, qui permet à l’Arabie saoudite de transférer son pétrole bloqué à l’est à cause du verrouillage du détroit d’Ormuz vers l’ouest du royaume, avait été à nouveau pris pour cible, après avoir été mis à l’arrêt en septembre à la suite d’une attaque.
Ces attaques pèsent sur les prix du pétrole qui ne redescendent pas et cela malgré le retour des exportations d’or noir à des niveaux supérieurs à avant le début du conflit fin février au Moyen-Orient, la baisse des prix pratiquée par l’Arabie saoudite, et le déblocage d’urgence de 100 millions de barils acté par le G7 la semaine dernière. Le Brent, référence mondiale, s’est stabilisé autour de 100 dollars le baril, et le West Texas Intermediate sous les 90 dollars, des niveaux toujours très élevés.
Les marchés restent prudents car au-delà du conflit entre les Houthis et l’Arabie saoudite, les pourparlers entre les Etats-Unis et l’Iran semblent dans l’impasse en ce qui concerne le détroit d’Ormuz. Et tant que l’Iran tentera de contrôler le détroit, les prix se maintiendront « à un niveau élevé », préviennent les experts d’Eurasia Group.
Les Echos, avec agences
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