Les autorités ont mené une vague d’arrestations dans plusieurs villes turques depuis dimanche. Plus de 80 personnes ont été placées en détention provisoire.
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Elles dénoncent une « nouvelle étape dans la répression des personnes LGBTI+ et de celles et ceux qui défendent leurs droits ». La Ligue des droits de l’homme(Nouvelle fenêtre), l’Inter-LGBT et plusieurs autres associations appellent à un rassemblement à Paris, vendredi 18 septembre, en soutien aux dizaines de personnes arrêtées quelques jours plus tôt en Turquie. Dimanche, les autorités turques ont lancé une vague d’interpellations ciblant la communauté LGBT+, dans plusieurs villes du pays. L’objectif, selon le ministre de la Justice turc, Akin Gürlek, est de « protéger les enfants, l’institution familiale et l’ordre social ».
Cette opération policière, baptisée « Ma famille est en sécurité », s’inscrit dans le cadre de la « décennie de la famille » proclamée par le président Recep Tayyip Erdogan. D’après La Croix(Nouvelle fenêtre), l’objectif de cette politique est de relancer la natalité, mais aussi de s’attaquer aux personnes LGBT+, que le chef de l’Etat juge en partie responsables de la démographie en berne. Officiellement, l’homosexualité et la transidentité ne sont pas réprimées pénalement en Turquie. Mais elles y sont largement réprouvées et l’homophobie s’étend jusqu’au sommet de l’Etat, Recep Tayyip Erdogan qualifiant régulièrement les personnes LGBT+ de « perverses ».
Arrêtés dans des bars ou à leur domicile
Pour l’ONG Amnesty International, « cette répression généralisée (…) n’a absolument rien à voir avec la protection des familles et vise uniquement à porter davantage atteinte à une communauté déjà durement éprouvée par des décennies de discrimination et d’intimidation ». Dimanche, les autorités ont effet mené une première série d’arrestations dans des bars gays et au domicile de militants LGBT+, pour des chefs d’accusation variés comme « obscénité », « aide à la prostitution » ou « liens financiers avec l’étranger ». De nombreux comptes de réseaux sociaux de médias et de défenseurs des droits humains, dont celui d’Amnesty International, ont aussi été bloqués.
Le ministre de la Justice avait annoncé dimanche l’ouverture de poursuites judiciaires « contre 162 suspects, 9 associations et 13 entreprises » dans 15 provinces turques. Mercredi soir, les tribunaux de plusieurs villes avaient placé en détention provisoire plus de 80 personnes, selon Kaos GL, une importante organisation de défense des droits LGBT+, elle-même visée par les raids.
Des manifestants interpellés à Ankara et Istanbul
Trente-trois personnes ont comparu mercredi devant un tribunal d’Istanbul. Un juge a ordonné l’incarcération de 20 d’entre elles, tandis que les 13 autres ont été remises en liberté sous conditions, a précisé Kaos GL. Au moins neuf des personnes incarcérées représentaient des organisations LGBT+. Selon l’association de défense des droits humains MLSA, 13 personnes avaient déjà été incarcérées mardi soir à Ankara, dont sept membres de Kaos GL, ainsi que cinq personnes transgenres et une journaliste. Egalement arrêtées dimanche, 28 autres personnes ont été placées en détention provisoire mardi soir sur décision d’un tribunal de Mersin, dans le Sud, a rapporté l’agence de presse privée DHA. La veille, 21 autres personnes avaient déjà été incarcérées à Izmir, la troisième ville du pays, ainsi qu’à Aydin, dans l’Ouest. Elles étaient, elles aussi, pour la plupart accusées du crime d' »obscénité », fréquemment utilisé pour s’attaquer à la communauté LGBT+.
L’opération des autorités turques s’est poursuivie mardi, avec l’arrestation d’une centaine de manifestants à la mi-journée devant le palais de justice de Caglayan, sur la rive européenne d’Istanbul. « Vive la lutte pour la liberté », « Malgré la haine, vive la vie », « Libérez immédiatement les détenus ! » ont scandé les manifestants, qui tenaient une banderole où on pouvait lire « Etre LGBT+ et s’organiser n’est pas un crime ». Deux journalistes du quotidien turc BirGün et de la télévision publique allemande ARD ont aussi été arrêtés alors qu’ils couvraient la manifestation, selon le Syndicat des journalistes de Turquie. Une autre journaliste, interpellée dimanche pour avoir écrit un article sur le mouvement LGBT+ en Géorgie voisine, devait être entendue mardi par le parquet, a rapporté l’ONG MLSA.
Mardi en début de soirée, jusqu’à 300 militants se sont à leur tour réunis à Ankara, la capitale. Selon une députée du parti prokurde DEM, 20 personnes y ont été arrêtées et placées en détention.
La crainte d’une répression « plus large »
La police turque a finalement libéré mercredi les 106 manifestants interpellés à Istanbul la veille, dont les journalistes de BirGün et de l’ARD, a rapporté dans la soirée l’Association des avocats progressistes (CHD). Mais les restrictions d’accès aux sites web et les comptes de réseaux sociaux d’associations, de militants et de groupes de défense des droits LGBT+ se poursuivent, selon l’association turque pour la liberté d’expression Ifod. Les derniers comptes bloqués sont ceux de plusieurs journalistes de gauche, d’un média socialiste et de deux fédérations regroupant des organisations de femmes, a-t-elle précisé.
Cette nouvelle vague de répression, qui survient deux mois après une cinquantaine d’arrestations lors de la Marche des fiertés d’Istanbul, a été vivement critiquée par l’opposition turque. Le Nouveau Parti a regretté « l’utilisation du système judiciaire comme outil de punition généralisée, fondée sur l’orientation sexuelle et les préférences des individus ». Le DEM, essentiel dans le processus de paix entre Ankara et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), a pour sa part jugé sur X que le « langage de la paix ne [pouvait] aller de pair avec la répression ». Une intervention d’autant plus remarquée que le DEM est régulièrement accusé par d’autres partis d’opposition de ménager le pouvoir pour favoriser le processus de paix, après plus de quatre décennies de guérilla avec le PKK.
« L’objectif du pouvoir n’est pas seulement de faire taire quelques associations mais de diviser la société et de préparer le terrain à une répression plus large en transformant les LGBT+ en ennemis aux yeux de la société », affirme la députée de gauche Sevda Karaca à La Croix. « La vraie question est de savoir si nous laisserons la haine devenir une politique d’Etat. » Des inquiétudes qui ont également gagné l’étranger. Après l’Union européenne lundi, le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Michael O’Flaherty, a jugé mardi que « de simples références aux ‘valeurs familiales’ ou à la ‘protection des enfants’ ne [pouvaient] servir de justification aux restrictions des droits de l’homme ».




