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RFI, le 15/07/2026
Avec notre correspondante à Ankara, Anne Andlauer
La Turquie commémore mercredi 15 juillet le dixième anniversaire de la tentative de coup d’État qui a tué 253 personnes, sans compter les putschistes. Une décennie plus tard, le pays vit toujours dans l’ombre de cet épisode violent qui a permis au président Recep Tayyip Erdogan de remodeler profondément l’État et le paysage politique turcs, et renforcer son pouvoir.

Cette tentative de putsch, menée par un petit groupe de militaires le 15 juillet 2016, rapidement mise en échec par l’intervention d’éléments loyalistes et de dizaines de milliers de Turcs descendus dans les rues à l’appel du chef de l’État, ressemble, avec le recul, à un grand tournant de la vie politique turc. Après avoir déjoué le putsch, Recep Tayyip Erdogan a profondément remodelé les institutions, transformé le système politique et consolidé son pouvoir.
À commencer par les purges massives de la fonction publique, à la faveur d’une période d’état d’urgence longue de deux ans. Plus de 125 000 fonctionnaires ont été limogés. Au départ, il s’agissait de démanteler les réseaux de Fethullah Gülen, un prédicateur installé aux États-Unis, identifié comme ennemi du régime et accusé d’être le commanditaire du putsch. Mais les purges se sont étendues bien au-delà des adeptes présumés de l’imam. L’épuration s’est transformée en une prise de contrôle et une refonte idéologique de tout l’appareil d’État, permettant au pouvoir de placer des fidèles aux postes clés de la bureaucratie, de la magistrature et des forces de sécurité.
Du parlementarisme vers un présidentialisme fort
Une révision constitutionnelle a ensuite gravé dans le marbre le passage d’un régime parlementaire à un régime présidentiel fort en 2018. Le texte a liquidé le poste de Premier ministre pour conserver un président comme dirigeant dominant les autres pouvoirs. Avec sa majorité parlementaire, il nomme la totalité des membres du Conseil des juges et des procureurs, ce qui lui donne la haute main sur le Judiciaire.
Pour le politologue Ahmet Insel, le constat est sans appel : « Il n’y a plus de contre-pouvoirs institutionnels. La justice n’est plus du tout un contre-pouvoir, surtout la justice pénale… elles sont vraiment contrôlées par des juges nommés après les grandes purges de 2016. Le deuxième contre-pouvoir, ça pourrait être normalement le Parlement, mais comme le président de la République est chef d’État, chef de gouvernement et chef de parti, et comme son parti dispose de la majorité parlementaire, il n’y a pas non plus un contre-pouvoir législatif. »
Les contrepouvoirs, des médias jusqu’à la société civile, ont aussi subi les années post 2016. Ici encore, la Turquie a connu dix ans d’un recul inédit des libertés publiques – liberté de la presse, liberté d’expression, liberté de rassemblement… La répression a visé tous les espaces où la contestation s’exprime et peut s’organiser, des universités à la scène culturelle, des médias aux réseaux sociaux en passant par les ONG.
Les opposants réprimés, Ekrem Imamoglu emprisonné
Le paradoxe de la décennie, c’est que cette répression et cette concentration extrême du pouvoir ont été de pair avec une forte érosion de la base électorale du président Erdogan et un renforcement politique de ses opposants. En mars 2024, le principal parti d’opposition, le CHP, a même remporté les élections municipales, infligeant à Tayyip Erdogan sa première défaite dans les urnes. Depuis, arguant de soupçons de corruption, la justice a fait emprisonner une vingtaine de maires du CHP, dont celui d’Istanbul, le principal rival du président, Ekrem Imamoglu.
En mai dernier, c’est toute la direction du CHP qui a été destituée par la justice. Pour les opposants, le pouvoir cherche déjà à verrouiller le scrutin présidentiel attendu d’ici 2028, mais qui sera sans doute avancé pour permettre à Recep Tayyip Erdogan de se représenter. Le chef de l’État aura alors déjà passé 25 ans au pouvoir.
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