Six places d’écart en mathématiques, dix en compréhension écrite et huit en sciences… la Turquie surpasse la France dans toutes les disciplines évaluées par Pisa. Alors que les résultats de ce palmarès scolaire international ont été rendus publics ce mardi 8 septembre, les élèves français font très mauvaise figure. Mais d’une manière générale, rares sont les pays historiquement performants capables de se vanter. Car si les meilleurs systèmes éducatifs restent globalement les mêmes – la Chine, Singapour, Taïwan, la Corée et le Japon tiennent toujours le haut du pavé – leurs scores en valeur absolue ont globalement régressé.

Dans la première partie de ce classement de 91 pays réalisé par l’OCDE, la Turquie est l’un des rares pays à tirer son épingle du jeu. En 2026, le pays parvient à améliorer son rang – Ankara passe de la 36e à la 18e place en compréhension écrite, de la 36e à la 28e en maths et de la 31e à la 19e position en sciences – mais également à faire progresser ses notes.

La Turquie obtient 472 points en compréhension écrite (+16 points par rapport à 2022), 462 points en mathématiques (+8 points par rapport à 2022), et 494 points en sciences (+18 points par rapport à 2022). Dans le même temps, si l’on ne regarde que la compréhension écrite par exemple : Singapour perd 8 points, la Chine 7, le Japon 13, la Corée 15, l’Irlande 16, l’Estonie 12, etc.

 

« La pénurie d’enseignants est moindre Â»

La progression turque est d’autant plus notable que le pays Â« partait de performances assez basses, rappelle Eric Charbonnier, analyste à l’OCDE Â». Ankara avait amorcé cette remontée dès 2022, en passant de la 42e à la 36e place en maths, de la 40e à la 36e place en compréhension écrite et de la 39e à la 31e place en sciences. Le pays surpasse le score moyen de l’OCDE en sciences (494 contre 484) et en compréhension écrite (472 contre 463) mais sous-performe légèrement en mathématiques (462 contre 465).

Selon les analyses de Pisa, le système d’éducation turc se distingue aussi d’un point de vue qualitatif. Le rapport 2026 indique que 68 % des élèves déclarent fournir un effort supplémentaire quand le travail devient difficile contre 60 % pour la moyenne de l’OCDE, 74 % affirment que leurs enseignants s’intéressent à l’apprentissage de chaque élève (contre 69 % pour l’OCDE) et seuls 18 % des élèves se disent fréquemment distraits par les appareils numériques en cours (28 % pour l’OCDE).

Mais comment expliquer cette réussite ? De son côté, Eric Charbonnier indique notamment que la Turquie Â« a développé une politique en direction des établissements défavorisés Â». Mais l’analyste de l’OCDE, qui rappelle que Â« la progression d’un pays dans Pisa s’explique généralement par plusieurs réformes qui s’additionnent Â», affirme aussi que Â« la pénurie d’enseignants est moindre Â» dans cet État.

 

Hausse du nombre d’élèves scolarisés

Au cours des 25 dernières années, le ministère de l’Éducation turque a justement mené des réformes d’ampleur visant à améliorer le niveau général de ses élèves. Selon un rapport de l’OCDE publié en 2023, le pays a commencé dès le début des années 2000, en élargissant l’accès à l’école avec des efforts Â« concentrés sur les provinces affichant de faibles taux de scolarisation, tout en cherchant à réduire les écarts entre les sexes Â». En 2012, le pays a également misé sur un allongement de la durée de la scolarité obligatoire de 8 à 12 ans.

Plus récemment en 2018, Ankara a opéré une vaste réforme des programmes scolaires dans les enseignements primaires, secondaires et professionnels. Selon l’OCDE, ces révisions ont notamment consisté à réduire Â« la surcharge des programmes Â» en renforçant Â« leur adéquation avec le marché du travail Â». La Turquie a choisi de faire la part belle Â« aux connaissances et compétences nécessaires à l’ère de l’information Â». Il est passé d’une pédagogie fondée sur l’apprentissage par cÅ“ur à une logique de compétence favorisant la résolution de problèmes, la pensée critique et l’autonomie des élèves. Mais le pays mise aussi sur la différenciation. Il a fait en sorte de développer des formations adaptées aux Â« besoins des élèves Â» et au Â« contexte spécifique de leurs établissements et des différentes régions du pays Â».

La réforme turque de 2018 s’est également attachée à réduire la pression des examens. Le pays a notamment Â« rendu facultatif l’examen national permettant d’entrer dans l’enseignement secondaire supérieur Â» et en privilégiant l’affectation des élèves en fonction de leur lieu de résidence et de leurs résultats antérieurs. Dans le même temps, Ankara a choisi de Â« fixer pour objectif à moyen terme de réduire les écarts de réussite entre les établissements scolaires grâce à des programmes de soutien destinés aux élèves Â».

 

Interdiction des portables

Le pays a également largement renforcé la formation des enseignants. Une loi de 2021 a revu l’organisation de leur carrière, en créant les statuts d’« enseignants experts Â» et de Â« directeurs d’établissement Â» associés à de meilleurs niveaux de rémunération. La formation continue a aussi été renforcée. Selon l’OCDE, en 2022, 99,1 % des enseignants avaient suivi au moins une formation contre 65 % en 2018.

Pour favoriser l’attention des élèves, la Turquie a enfin misé sur la restriction du téléphone portable. Entre 2022 et 2026, la part des écoles interdisant le smartphone est passée de 62 à 83 % dans le pays selon l’OCDE.

Pisa pointe cependant quelques zones d’ombre à ce tableau très flatteur. Le taux d’absentéisme reste très élevé dans le pays et 53 % des jeunes turcs déclarent avoir séché au moins un jour de cours, contre 22 % en moyenne dans l’OCDE. Par ailleurs, près de 43 % des élèves étudient dans des établissements où la direction déclare manquer de personnel d’éducation (hors enseignants). Un chiffre supérieur à la moyenne de 39 % relevée dans l’OCDE.