Le pape Léon XIV est arrivé le jeudi 27 novembre en Turquie pour sa première visite à l’étranger. Il y restera jusqu’au 30 novembre, avant de continuer sa tournée au Liban, rapporte la BBC Türkçe.
Il s’est d’abord rendu dans la capitale Ankara pour une visite en tant que chef d’État du Vatican, où il a été reçu par le président islamo-nationaliste turc, Recep Tayyip Erdogan, avant de poursuivre sa visite à Istanbul, où il donnera notamment une messe dans une salle de concert réunissant plusieurs milliers de personnes, une première pour un pape en Turquie.
Rapprochement avec les orthodoxes
La Turquie compte de nombreuses minorités chrétiennes : grecques, arméniennes, syriaques mais aussi levantines (de vieilles familles commerçantes françaises et italiennes arrivées en Turquie au XVIIIe et XIXe siècles). Ces populations ont fui le pays au gré des massacres et des discriminations du XXe siècle, et continuent à le quitter pour l’Europe ou les États-Unis. Les chrétiens de Turquie, environ 300 000 personnes au total – en immense majorité de confession orthodoxe –, sont aujourd’hui surtout des expatriés, des étudiants ou des travailleurs étrangers.
Certains s’inquiètent de voir cette visite accorder une importance symbolique à ce patriarche grec de Turquie, qu’ils soupçonnent d’être trop proche d’Athènes. “Ce n’est pas une visite de courtoisie ni une simple messe mais un acte politique !” dénonce ainsi le quotidien Aydinlik, antenne du très prorusse Parti patriote turc (Vatan Partisi).
Un patriarche antirusse
Le journal met notamment en exergue les critiques de fidèles du patriarcat turc orthodoxe, une Église créée en 1922 pour tenter de “turquifier” les orthodoxes du pays, mais qui ne compte qu’une poignée de membres de la famille du fondateur. Ils y voient ainsi une visite plus politique que religieuse.
“Ce projet de patriarcat turc a été un échec historique total”, répond une éditorialiste du média en ligne Muahlif. “Cette visite a pour but de rapprocher les Églises catholique et orthodoxe, et le patriarche Bartholomée est le mieux placé pour cela, voilà tout, ne prêtez pas attention aux théories du complot”, conclut le site d’information.
Les nationalistes turcs proches de Moscou, en particulier, arguent pour leur part que le patriarche de Constantinople, rival résolu du patriarche de Moscou (le pro-Poutine Kirill) – et très critique de l’invasion russe en Ukraine –, met en péril la “politique d’équilibre” voulue par Ankara dans le conflit entre Moscou et Kiev.




