Le pape Léon XIV est arrivé le jeudi 27 novembre en Turquie pour sa première visite à l’étranger. Il y restera jusqu’au 30 novembre, avant de continuer sa tournée au Liban, rapporte la BBC Türkçe.

Il s’est d’abord rendu dans la capitale Ankara pour une visite en tant que chef d’État du Vatican, où il a été reçu par le président islamo-nationaliste turc, Recep Tayyip Erdogan, avant de poursuivre sa visite à Istanbul, où il donnera notamment une messe dans une salle de concert réunissant plusieurs milliers de personnes, une première pour un pape en Turquie.

Poursuivant le projet élaboré par son prédécesseur François, reporté puis annulé en raison de l’état de santé du pontife argentin, il se rendra aussi, pour une visite rapide, dans la ville d’Iznik. Soit l’antique Nicée, où s’est tenu un concile majeur des premiers temps de l’Église il y a 1 700 ans, et dont le lieu probable a été découvert en 2014. Un concile fondateur très symbolique, puisqu’il représente l’unité des chrétiens, mais aussi parce qu’il fut présidé par l’empereur Constantin, qui mit fin à la persécution des chrétiens avant de se convertir lui-même, rappelle le média.
 

Rapprochement avec les orthodoxes

La Turquie compte de nombreuses minorités chrétiennes : grecques, arméniennes, syriaques mais aussi levantines (de vieilles familles commerçantes françaises et italiennes arrivées en Turquie au XVIIIe et XIXe siècles). Ces populations ont fui le pays au gré des massacres et des discriminations du XXe siècle, et continuent à le quitter pour l’Europe ou les États-Unis. Les chrétiens de Turquie, environ 300 000 personnes au total – en immense majorité de confession orthodoxe –, sont aujourd’hui surtout des expatriés, des étudiants ou des travailleurs étrangers.

L’objet principal du voyage, pour le pape Léon XIV, est le dialogue œcuménique et le rapprochement avec les chrétiens orthodoxes, représentés par le patriarche de Constantinople, Bartholomée Ier. Mais la place centrale accordée à ce dernier dans la visite pontificale a déclenché une levée de boucliers dans les cercles nationalistes turcs.

Certains s’inquiètent de voir cette visite accorder une importance symbolique à ce patriarche grec de Turquie, qu’ils soupçonnent d’être trop proche d’Athènes. “Ce n’est pas une visite de courtoisie ni une simple messe mais un acte politique !” dénonce ainsi le quotidien Aydinlikantenne du très prorusse Parti patriote turc (Vatan Partisi).

 

Un patriarche antirusse

Le journal met notamment en exergue les critiques de fidèles du patriarcat turc orthodoxe, une Église créée en 1922 pour tenter de “turquifier” les orthodoxes du pays, mais qui ne compte qu’une poignée de membres de la famille du fondateur. Ils y voient ainsi une visite plus politique que religieuse.

“Ce projet de patriarcat turc a été un échec historique total”, répond une éditorialiste du média en ligne Muahlif. “Cette visite a pour but de rapprocher les Églises catholique et orthodoxe, et le patriarche Bartholomée est le mieux placé pour cela, voilà tout, ne prêtez pas attention aux théories du complot”, conclut le site d’information.

Les nationalistes turcs proches de Moscou, en particulier, arguent pour leur part que le patriarche de Constantinople, rival résolu du patriarche de Moscou (le pro-Poutine Kirill) – et très critique de l’invasion russe en Ukraine –, met en péril la “politique d’équilibre” voulue par Ankara dans le conflit entre Moscou et Kiev.

Le pape Léon XIV a lui-même pris position de manière forte contre la guerre en Ukraine, mais aussi à Gaza, souligne le quotidien Milliyet. Le journal rappelle que sa position sur ce conflit a été bien reçue en Turquie, mais a pu exaspérer les Israéliens et leurs soutiens américains. Et salue également sa volonté de dialogue avec le monde musulman.