Le procureur général d’Istanbul, Akin Gürlek, connu pour sa proximité avec le pouvoir islamo-nationaliste de Recep Tayyip Erdogan, a publié, le mardi 11 novembre, l’acte d’accusation contre Ekrem Imamoglu, maire d’Istanbul depuis 2019 et [confortablement réélu en 2024], rapporte le quotidien progouvernemental Yeni Safak, qui souligne que le dossier concerne 402 suspects, dont 105 sont, comme le maire de la principale ville turque, placés en détention provisoire.
Accusé de détournement d’argent public
“Imamoglu n’a encore apporté aucun élément concret pour se blanchir des accusations portées contre lui”, estime le quotidien progouvernemental Sabah, alors que l’édile est aussi, depuis la fin du mois d’octobre, mis en cause dans un autre procès, pour espionnage cette fois.
Le maire de la mégalopole de 17 millions d’habitants, au budget annuel de 13 milliards d’euros, est accusé d’avoir, dès son mandat de maire de l’arrondissement de Beylikdüzü en 2014, profité de sa position pour exiger des commissions sur les contrats publics et les autorisations municipales.
Un procès politique
Si la presse proche du pouvoir parle du “procès du siècle”, la presse d’opposition, elle, éreinte le contenu de l’acte d’accusation, reposant sur la parole de mystérieux “témoins anonymes” ou d’hommes d’affaires et de responsables “repentis” qui ont accepté de témoigner en échange de l’abandon des poursuites à leur endroit.
“L’occurrence ‘je crois me rappeler que’ apparaît 969 fois dans ces témoignages, ‘j’ai entendu dire que’ 546 fois et ‘peut-être’ 499 fois”, se moque ainsi le quotidien kémaliste Sözcü, qui critique le caractère peu étayé, selon lui, de l’acte d’accusation.
Aucune trace des fonds
Çaglar Çaglayan, avocat du CHP, le principal parti d’opposition dont est issu Imamoglu, dénonce, lui aussi, dans les colonnes du quotidien de gauche Evrensel, un procès politique : “Toute l’accusation est centrée sur des accusations de corruption, mais on ne sait pas où est cet argent, ce que sont devenus ces millions, ce n’est pas sérieux”, critique-t-il, en s’inquiétant que le pouvoir n’utilise ce procès pour aller jusqu’à demander l’interdiction du CHP.
“Ce n’est qu’un tissu de mensonges fabriqué à partir de confessions extorquées sous la menace à une poignée d’otages.”
Les déclarations d’un journaliste connu, sur une chaîne de télévision détenue par un homme d’affaires proche du pouvoir, Lider Haber TV, fait également bondir la presse critique du pouvoir.
Des menaces à peine voilées
Alors qu’il faisait l’analyse des documents publiés par le procureur, le journaliste s’en est pris à Murat Ongun, responsable de la branche média de la municipalité, proche d’Imamoglu et considéré par l’accusation comme un des “dirigeants” de l’organisation criminelle : “Murat Ongun doit devenir un témoin et se confesser à son tour ou alors je ne serai pas surpris d’apprendre qu’il s’est pendu dans sa cellule”, a-t-il ainsi déclaré, s’indigne le média en ligne T24.




