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RFI, le 30/10/2022

Les présidents turc et russe, Recep Tayyip ErdoÄŸan et vladimir Poutine, lors de leurs entretiens en marge du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à Samarkand, en Ouzbékistan, le 16 septembre 2022. AP – Alexandr Demyanchuk
La Turquie a indiqué samedi 29 octobre ne pas avoir « été officiellement notifiée » par la Russie de son retrait de l’accord international sur les céréales ukrainiennes, signé le 22 juillet dernier à Istanbul, sous l’égide des Nations unies, grâce à une médiation turque. Sa suspension met Ankara sous pression, et plonge le monde dans l’incertitude.
La Russie a annoncé, samedi, la suspension de l’exportation de céréales des ports ukrainiens. Une annonce du ministère de la Défense, sur le réseau social Telegram.
Moscou a justifié cette suspension par une attaque de drones, samedi matin, sur des navires militaires et civils de la flotte russe en mer Noire, stationnés dans la baie de Sébastopol, en Crimée annexée.
L’initiative de la mer Noire avait permis, cet été, de trouver une issue au blocage des céréales ukrainiennes. Deux accords signés par l’ONU, l’Ukraine, la Russie et la Turquie.
Le but était d’organiser l’exportation de céréales et d’engrais ukrainiens, mais également russes, pour limiter la crise alimentaire mondiale dans le contexte du conflit en Ukraine.
Kiev dénonce un « prétexte »
Cet accord dit de la mer Noire avait permis de débloquer l’export de neuf millions de tonnes de céréales ukrainiennes par voie maritime, sur fond de guerre navale menée par la Russie dans les eaux de la Mer noire, et notamment autour du principal port ukrainien d’Odessa, rappelle notre correspondant à Kiev, Stéphane Siohan.
Il devait expirer le 19 novembre prochain, mais Moscou semble avoir décidé de le saborder, faisant planer de nouveau le risque d’une crise alimentaire mondiale.
Le Kremlin a annoncé sa décision quelques heures seulement après qu’un drone maritime, sans doute ukrainien, a frappé le navire amiral de sa flotte en mer Noire, dans la baie de Sébastopol.
Moscou dénonce une action terroriste des autorités de Kiev, avec la complicité du Royaume-Uni, contre des navires impliqués dans la sécurité des corridors céréaliers.
Les observateurs ukrainiens estiment légitime une action militaire contre une frégate bombardant les villes ukrainiennes avec des missiles de croisière meurtriers. Le ministre des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, parle d’un faux prétexte de Moscou, afin de bloquer l’exportation de céréales à destination de millions de personnes.
La présidence ukrainienne a rappelé que l’Ukraine n’avait pas signé d’accord céréalier avec la Russie, mais seulement avec la Turquie et les Nations unies, car Moscou « ne respecte presque jamais ses engagements ».
Samedi soir, Volodymyr Zelensky a accusé la Russie de faire peser à nouveau le risque d’une famine à grande échelle en Afrique et en Asie, rappelant que la question n’était pas nouvelle, mais que depuis septembre, la marine russe avait bloqué 176 navires et l’exportation de plus de deux millions de tonnes de céréales.
La Turquie dans l’embarras
La décision de Vladimir Poutine, que les officiels turcs redoutaient depuis quelque temps, place le pays de Recep Tayyip Erdoğan dans une position difficile et risque de créer des tensions entre Ankara et Moscou, explique notre correspondante à Istanbul, Anne Andlauer.
Ces dernières semaines, le président turc avait certes repris certaines critiques de son homologue russe, notamment sur le maintien d’entraves à l’exportation des engrais et céréales russes.
Mais en coulisses, la diplomatie turque s’activait pour garantir l’extension de l’accord au-delà de la date limite du 19 novembre. Recep Tayyip ErdoÄŸan s’en était entretenu avec Vladimir Poutine, proposant notamment d’exporter les produits agricoles russes via le territoire turc.
En tant que co-garante de ce texte signé et supervisé depuis un centre de coordination conjointe (JCC) à Istanbul, la Turquie est donc sous pression. Elle a non seulement un intérêt économique à sauver l’accord, mais surtout un intérêt diplomatique.
Il en va de la crédibilité de son rôle de médiateur et de sa prétention à être aujourd’hui. Comme le soulignait récemment le porte-parole du président ErdoÄŸan, le « seul pays en mesure de parler avec Poutine (…) et d’obtenir des résultats ».
Risque de répercussions
Les céréales qui étaient coincées dans les ports ukrainiens depuis le début du conflit, en février dernier, avaient entraîné une flambée des prix et les craintes de famine dans certaines régions d’Afrique, notamment, rappelle Charlotte Cosset, journaliste au sein de la rédaction économique de RFI.
Je m’abonne Par la suite, l’initiative de juillet avait permis d’entraîner une baisse des prix du blé sur les marchés. L’indice alimentaire de la FAO avait ainsi fléchi pendant sept mois consécutifs. Selon les estimations de l’ONU, cela a évité que 100 millions de personnes tombent dans l’extrême pauvreté.
Cependant, ces dernières semaines, Vladimir Poutine avait fait part de son mécontentement, se plaignant de voir la vente de sa production agricole et de ses engrais empêchée. En cause, selon la Russie : les sanctions occidentales contre ses secteurs financier et logistique.
À trois semaines de la date du renouvellement de cet accord, l’ONU exhortait en fin de semaine les parties à tout mettre en Å“uvre pour voir cette initiative céréalière poursuivie.
Les Nations unies craignaient, en cas de nouvelle suspension des exportations d’engrais et de céréales, des effets dramatiques sur la production alimentaire de l’année prochaine.
Dans cette même intervention, le porte-parole du secrétaire général de l’ONU alertait : « la crise actuelle de l’abordabilité » se transformerait alors en « une crise de disponibilité ».
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