
Au siège de la chaîne d’information turque Halk TV, à Istanbul, le 5 mai 2023.
La police turque a pris le contrôle du siège de la principale chaîne privée d’opposition Halk TV et interpellé onze de ses salariés avant de les placer en garde à vue, mercredi 14 octobre, ont annoncé la chaîne et le bureau du procureur d’Istanbul. Il s’agit du dernier acte d’une vaste campagne du pouvoir contre les milieux médiatiques, politiques et associatifs du pays.
« La police est dans le bâtiment de Halk TV. Un administrateur est désigné [pour prendre le contrôle de la chaîne]. La diffusion en direct a été interrompue », a affirmé Halk TV sur son compte X. Cette opération s’inscrit dans le cadre d’une enquête sur « la corruption, le trucage d’appels d’offres et le blanchiment d’argent », a annoncé, de son côté, le bureau du procureur d’Istanbul, cité par les médias turcs. L’administration de la chaîne a été confiée au fonds d’assurance des dépôts d’épargne, un organisme public, a ajouté le bureau du procureur.
Cafer Mahiroglu, le président-directeur général de la chaîne, a dénoncé « un jour sombre pour la Turquie », sur le réseau social X. « Le droit du public à l’information est bafoué pour des raisons politiques. (…) Défendre Halk TV, c’est défendre la lutte pour la démocratie en Turquie. »
Les équipements de la télévision « ont été saisis. Notre chaîne est officiellement assiégée. Je ne peux toujours pas accéder au bâtiment où je travaille depuis cinq ans », a écrit sur X la journaliste Gamze Altunay. Dans une vidéo partagée par Halk TV sur le même réseau social, on peut voir le rédacteur en chef, Suat Toktas, en train de parler avec l’administrateur désigné pour le convaincre de ne pas couper le direct. « Ce qui est en train de se passer est hors la loi », clame-t-il.
Vaste coup de filet contre l’opposition
Pour protester, des députés de l’opposition turque ont participé mercredi à une commission parlementaire avec un bandeau noir sur les yeux et la bouche, une scène filmée par l’agence Anka et diffusée sur X par le site Medyascope.
« Faire irruption dans une chaîne de télévision à l’aube et nommer un administrateur est une chose que seuls les dictateurs feraient. Malheureusement, c’est ce qu’ils ont fait à notre pays », a dénoncé sur X le chef du principal parti de l’opposition, Özgür Özel. « L’arbitraire dont le pouvoir politique s’est servi ces dernières années pour régler les problèmes a une fois de plus frappé la liberté de la presse. (…) Nous refusons cette tyrannie », a affirmé, de son côté, le syndicat des journalistes de Turquie.
« La nomination d’administrateurs à la tête de Halk TV après Tele 1, et l’attention exclusive portée par le pouvoir judiciaire aux émissions critiques, laisse présager que le journalisme indépendant en Turquie pourrait bien être en voie de disparition », a affirmé à l’Agence France-Presse le défenseur de la liberté de la presse, Erol Önderoglu.
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