Contrairement aux pays du Golfe, la Turquie, qui partage environ 500 kilomètres de frontière avec l’Iran, n’a pas été frappée sur son sol. Les rares missiles envoyés dans l’espace aérien turc ont été abattus par les forces de l’Otan, et Téhéran s’est gardé de se mettre à dos son puissant voisin, qui n’a cessé, ces derniers mois, de se rapprocher diplomatiquement et politiquement du régime. Les pays du Golfe, en premier lieu les Émirats arabes unis, ont, eux, été durement touchés et leur image de pays sûrs au milieu d’une région instable a été sévèrement écornée. Dans ce contexte, “Istanbul pourrait-elle désormais rivaliser avec Dubaï ?” se demande le média en ligne Middle East Eye.
Des centaines de milliards de dollars d’actifs financiers
Les nombreuses entreprises financières, banques et multinationales qui s’étaient massivement installées à Dubaï pourraient donc désormais faire leurs valises pour Istanbul, espère la Turquie. Le nouveau centre financier de la capitale économique du pays, l’un de ces mégaprojets qu’affectionne le président turc, l’islamo-nationaliste Recep Tayyip Erdogan, sorti de terre en 2023 sur la rive asiatique de la ville, attend encore les investisseurs.
“Aujourd’hui, les capitaux de la région sont pilotés depuis Londres ou Dubaï, mais Istanbul pourrait attirer entre 500 milliardset 1 000 milliards de dollars [entre 426 milliards et 852 milliards d’euros] d’actifs financiers”, selon le quotidien progouvernemental Yeni Safak. À la tête du projet, Ahmet Ihsan Erdem rapporte que sur les 60 rendez-vous avec des grandes compagnies financières qu’il a conduits depuis un an et demi, 40 d’entre eux ont eu lieu depuis le début du conflit au Moyen-Orient, le 28 février. Il présente ainsi Istanbul comme un “refuge” potentiel pour de nombreuses firmes étrangères, souligne l’édition turque de la Deutsche Welle.
Pour remplir les bureaux du centre financier flambant neuf, encore vides à 60 %, la Turquie travaille à proposer aux entreprises qui s’y installeraient des réductions d’impôts et de taxes de l’ordre de 50 % et 75 % sur certaines activités, rapporte le média économique Bloomberg.
“Personne n’a confiance dans la justice turque”
Lancé dans une entreprise de séduction des multinationales, le président Erdogan a notamment rencontré, fin mars, Larry Fink, actuel président du Forum économique mondial et directeur général de BlackRock, la plus grande société de gestion d’investissement du monde, rapporte le quotidien Cumhuriyet.
Pour autant, la Turquie est loin d’être assurée de profiter d’une éventuelle fuite des capitaux des pays du Golfe. Sa stabilité financière et monétaire est douteuse et l’inflation ainsi que la chute continue de la valeur de sa monnaie, la livre turque, amplifiée par les conséquences économiques de la guerre, préoccupent les investisseurs. Mais c’est surtout le manque de confiance dans la justice qui freine les propriétaires de capitaux.
Depuis dix ans, la justice turque, de plus en plus corrompue et ouvertement aux ordres du pouvoir, a ainsi multiplié les procès contre des hommes d’affaires proches de l’opposition et la saisie de biens privés et d’entreprises, dénonce l’opposition. “Personne n’a confiance dans la justice turque”, explique un banquier international à Middle East Eye. Interrogé par la Deutsche Welle, le professeur d’économie Sinan Alçin fait le même constat : “Si elle veut attirer massivement les capitaux étrangers, la Turquie doit progresser sur plusieurs fronts, comme la liberté de la presse, et surtout sur la confiance envers le système judiciaire.”






