“Même le peuple israélien considère désormais que Nétanyahou est la plus grave catastrophe qui lui soit arrivée depuis l’holocauste” a immédiatement répondu le leader islamo-nationaliste turc, rapporte le quotidien Yeni Safak. Le 12 avril, c’était au tour du ministère de la Défense turc de se lancer dans des sous-entendus guerriers, en partageant une photo du président turc entouré de soldats et la phrase “les paroles ne valent que jusqu’à ce que nous nous exprimions”ajoute le journal Sabah.

Les déclarations du Premier ministre israélien étaient intervenues le lendemain de la publication, par la justice turque, d’un acte d’accusation le visant, ainsi que 34 responsables militaires mais aussi journalistes ou influenceurs israéliens accusés d’avoir joué un rôle dans l’arraisonnement des navires de solidarité avec la Palestine destinés à livrer de l’aide humanitaire à Gaza et dont les participants avaient été brièvement détenus par les autorités israéliennes à l’automne.

Le procureur turc y requiert une peine d’emprisonnement à perpétuité pour de nombreux chefs d’accusation dont “génocide”“crime contre l’humanit锓privation de liberté”rapporte l’agence de presse officielle Anadolu.

 

Tensions croissantes en Syrie et en Méditerranée

Bien qu’ayant accepté d’intégrer le Conseil de la paix du président américain Donald Trump, pour ménager ses excellentes relations avec lui, le président Erdogan ne cesse de critiquer les actions d’Israël dans la bande de Gaza et dans les territoires palestiniens occupés. “La dégradation des relations turco-israéliennes marque un important tournant géopolitique à l’échelle régionale”, souligne le site panarabe Middle East Eye.

La tension entre les deux pays se répercute notamment en Syrie, où le nouveau pouvoir islamiste qui a renversé la dictature de Bachar El-Assad est très proche d’Ankara. Les forces armées de Damas, ainsi que des bases militaires censées être exploitées par la Turquie ont fait plusieurs fois l’objet de frappes militaires israéliennes. Fin mars, des avions israéliens ont de nouveau frappé des militaires syriens pour venir en aide à la minorité Druze du sud du pays menacée par les forces de Damas, rapportait la BBC.

“À cause de la guerre en Iran, Israël a dû remettre à plus tard ses plans pour la Syrie, mais ça ne veut pas dire qu’elle ne les mettra pas en œuvre un jour ou l’autre” a déclaré le ministre des Affaires étrangères turc, Hakan Fidan, qui reproche également à Benyamin Nétanyahou et même à ses opposants politiques en Israël de vouloir “déclarer que la Turquie est leur nouvel ennemi” après l’Iran, souligne le quotidien Hürriyet.

La tension entre les deux pays est avivée par le rapprochement diplomatique et militaire entre Tel-Aviv, la Grèce et Chypre, hostiles aux intérêts d’Ankara en mer Égée et en Méditerranée. Le 6 avril, Athènes a d’ailleurs signé un contrat de 757 millions de dollars (646 millions d’euros) pour se doter du système de lance-roquettes multiples israélien Puls, rapporte le journal Milliyet.

 

Aubaine pour Erdogan

L’escalade verbale entre les deux dirigeants est aussi une aubaine pour le président turc, pour qui la carte de défenseur des Palestiniens est très précieuse et largement utilisée autant au plan international que face à sa propre opinion publique, observe le média en ligne Médyascope.

L’opposition est également régulièrement taxée par le pouvoir de faire, consciemment ou non, le jeu d’Israël.

L’occasion pour le principal rival d’Erdogan, le maire d’Istanbul Ekrem Imamoglu, emprisonné depuis un an et jugé actuellement pour des accusations de “corruption” de clarifier sa position : “La République de Turquie ne prend pas en considération les accusations des massacreurs. Les Kurdes ont trop de dignité pour se retrouver aux côtés de génocidaires. Vous ne pouvez pas légitimer cette guerre illégale que vous avez lancée [contre l’Iran] en menaçant la République de Turquie du doigt !” a-t-il répondu depuis sa prison au message du Premier ministre Israélien, souligne le quotidien Sözcü.