L’agence de presse gouvernementale Anadolu publie ainsi une série de photos et de vidéos avant-après mettant en vis-à-vis les ruines du tremblement de terre et les nouvelles routes et bâtiments flambant neufs dans la région du Hatay, frontalière de la Syrie, zone le plus durement touchée.
Le président turc, Recep Tayyip Erdogan (islamo-nationaliste), alors en pleine campagne électorale, avait promis en 2023 de “reconstruire dans l’année” les bâtiments détruits. De fait, des centaines de milliers de logements ont été reconstruits, en particulier par Toki, le bailleur social turc. “Montrez-moi un seul pays en Europe qui construise plus de 50 000 logements par an !” s’est défendu le ministre de la Ville et de l’Environnement, Murat Kurum, critiqué par l’opposition au Parlement, rapporte le quotidien progouvernemental Sabah, qui défend son bilan.
Pour autant, comme l’a récemment souligné le leader du principal parti d’opposition, Özgür Özel, lors d’une visite sur place, de nombreuses victimes de la catastrophe sont encore logées dans de simples préfabriqués de chantier. 360 000 personnes vivent encore dans ces baraquements de fortune, rapporte ainsi le quotidien d’opposition Cumhuriyet, qui souligne également que le taux de chômage y est plus élevé qu’ailleurs dans le pays.
Sans lumière ni chauffage
Le quotidien de gauche Birgün est parti à la rencontre de l’une de ces victimes, Hasan Tacirli, 62 ans. L’homme habite la région d’Osmaniye, dans une province pourtant privilégiée par les autorités, car elle est la région d’origine du leader de l’extrême droite et indispensable allié d’Erdogan, Devlet Bahçeli.
Néanmoins, Hasan Tacirli vit depuis trois ans dans un préfabriqué, sans accès à l’électricité, en s’éclairant à la lampe de poche et en chauffant son eau au soleil dans un bidon en plastique. Le sexagénaire s’indigne :
“Ma maison était gravement endommagée, ils l’ont détruite et m’ont installé là-dedans. Depuis, je n’ai aucune nouvelle, les travaux n’ont même pas commencé. Même s’ils avaient lieu, comment pourrais-je payer ? Je n’ai plus un sou.”
De plus, les appels d’offres émis par les marchés publics pour la reconstruction des logements ont le plus souvent été remportés par des proches du pouvoir, souligne une enquête du média en ligne Kisa Dalga. Avec plus d’une vingtaine d’exemples visant des contrats à plusieurs dizaines ou centaines de millions d’euros, la journaliste Canan Coskun démontre comment ces contrats ont été confiés à des entreprises appartenant directement à des élus du parti d’Erdogan, l’AKP, à leurs familles, ou à des patrons de clubs sportifs ou des entrepreneurs connus pour leur proximité avec le pouvoir.
Un certain nombre d’entre eux avaient pourtant été mis en cause par la justice pour des irrégularités, des escroqueries ou leurs liens avec le crime organisé, s’indigne la journaliste, qui souligne également que des manquements à la législation ont été identifiés sur ces récents chantiers, comme l’usage de béton non conforme. Mais aussi que des habitants nouvellement installés se plaignent de la qualité des appartements qui leur ont été livrés, dont certains ont souffert, notamment pendant l’hiver, de problèmes de chauffage défaillant.





