“Des dizaines d’autres personnalités, dont des journalistes et des hommes d’affaires” avaient également été arrêtées mercredi, le gouvernement annonçant dans la foulée “l’interdiction des manifestations politiques pour une durée de quatre jours”, rappelle la chaîne qatarie.
Une interdiction ignorée par les soutiens de M. Imamoglu, qui manifestent depuis mercredi au prix de violentes altercations avec la police.
Vendredi, “les forces antiémeutes ont tiré des balles en caoutchouc et vaporisé du gaz poivré sur les manifestants à Istanbul, tandis que des membres de la foule lançaient des fusées éclairantes”, témoigne la Deutsche Welle. “Dans la ville occidentale d’Izmir, la police a utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau pour disperser les manifestants”.
Les plus grandes manifestations depuis 2013
Des violences qui faisaient suite à celles de jeudi, lors desquelles “au moins 16 policiers ont été blessés lors d’affrontements avec des manifestants” et “au moins cinquante-trois personnes ont été arrêtées”, précise CNN.
Sans surprise, le plus gros rassemblent de la journée s’est tenu à Istanbul, devant l’hôtel de ville, où Özgür Özel, le chef du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate) – auquel appartient aussi M. Imamoglu – a revendiqué la présence de “300 000 personnes”.
Ces trois journées de manifestations de l’opposition “sont déjà les plus vastes depuis la révolte dite de Gezi en 2013, le plus grand défi auquel Erdogan ait été confronté au cours de ses plus de deux décennies à la tête du pays et qu’il considère lui-même comme une conspiration dirigée par des “forces extérieures”, et qu’il utilise encore aujourd’hui pour poursuivre en justice des militants et des journalistes”, observe El País.
Le président turc a d’ailleurs condamné vendredi la multiplication des rassemblements, souligne la BBC. Dans un discours prononcé vendredi, M. Erdogan a déclaré que son gouvernement ne “céderait” ni au “vandalisme” ni au “terrorisme de la rue”, alors que de nouvelles manifestations sont prévues ce week-end. “Nous n’accepterons pas les troubles à l’ordre public”, a-t-il ajouté.
« Dérive autoritaire »
Alors que ses partisans défilaient dans les rues du pays, M. Imamoglu a été auditionné pendant plusieurs heures pour répondre des accusations de “corruption” et de “terrorisme” portées à son encontre, et martelé qu’il n’avait “commis aucun crime”, selon l’édition anglophone du quotidien Hürriyet.
L’enquête se concentre notamment sur les appels d’offres menés par la municipalité, mais M. Imamoglu a souligné qu’à l’instar des “précédents maires d’Istanbul, il ne participait pas personnellement aux processus d’appel d’offres ni à leur supervision”, selon le quotidien.
“Si je suis ici, c’est uniquement à cause d’une intervention politique et d’un exemple de ciblage politique à mon encontre”, a-t-il déclaré, dénonçant un “harcèlement judiciaire”.
Dans les colonnes de l’édition européenne de Politico, le parlementaire turc Bilal Bilici, membre lui aussi du CHP, appelle l’opposition à “rester unie” et à “canaliser le ressentiment de la population vers une action politique organisée”, afin de résister à la “dérive autoritaire” du président Erdogan.
“L’arrestation d’Imamoglu ne concerne pas seulement un homme”, écrit-il. “Il s’agit de savoir si la Turquie restera une démocratie ou s’enfoncera davantage dans un régime autoritaire. L’issue de cette lutte déterminera l’avenir du pays pour les générations à venir”.





