Le journaliste va jusqu’à inviter ses lecteurs à la “modération” dans leurs critiques de l’attaque iranienne contre Israël du 1er octobre. Sur les réseaux sociaux, cette dernière est pourtant souvent jugée inefficace par les internautes turcs qui, qualifient de “tuyaux de poêle” les missiles de Téhéran interceptés par la défense israélienne.
La presse islamiste applaudit l’attaque iranienne
De la même façon, si les relations avec l’Iran sont tendues sur de nombreux dossiers géopolitiques régionaux, de l’Irak à la Syrie en passant par l’Arménie et l’Azerbaïdjan, le quotidien islamo-nationaliste Yeni Safak applaudit les bombardements iraniens du 1er octobre. “L’Iran a enfin donné à Israël une réponse qui n’avait que trop tardé”, se félicite un éditorialiste du quotidien. Et Yeni Safak de critiquer la prudence du régime iranien, qui n’a selon lui pas assez mobilisé ses proxys contre Israël au lendemain du 7 octobre 2023.
De son côté, le président islamo-nationaliste Recep Tayyip Erdogan, dans son discours inaugural de rentrée du Parlement turc, le 1er octobre, n’a pas hésité à verser dans les théories du complot en affirmant que pour l’État hébreu, après la Palestine et le Liban, “la prochaine cible est la Turquie”. Israël “n’est pas un état mais un troupeau d’assassins”, a déclaré le leader turc, selon des propos rapportés par le média en ligne T24.
Soulignant que le Liban “n’est qu’à deux heures et demie de voiture de la frontière turque”, Erdogan a mis en garde contre un prétendu plan des religieux israéliens visant à conquérir l’Anatolie. Déjà, fin septembre, un conseiller bien connu du président turc, Yigit Bulut, avait mis en garde sur le réseau social X : “Le prochain objectif d’Israël, qui n’est que le bras armé de l’Occident, c’est la terre des Turcs !” Des déclarations alors critiquées par certains conservateurs modérés mais que le président turc vient de légitimer.
“Le président tente de créer de toutes pièces une nouvelle question qu’il présente comme une question existentielle”, a dénoncé à la tribune de l’Assemblée Cengiz Çandar, député turc de gauche élu dans les rangs du parti prokurde DEM, rapporte le média en ligne Arti Gerçek.
Erdogan et la tactique du “front intérieur”
“Ce discours dangereux vise dans un second temps à pouvoir traiter de ‘collaborateur d’Israël’ toute voix critique”, dénonce le député, ancien journaliste mais aussi ancien révolutionnaire de gauche qui avait séjourné dans les années 1970 dans les camps palestiniens du Liban. L’élu a aussi mis en garde contre un discours qui présente les Kurdes comme des alliés régionaux d’Israël afin de justifier les offensives militaires que la Turquie mène régulièrement en Irak et en Syrie contre les groupes armés kurdes qui lui sont hostiles.
Le quotidien de gauche Birgün s’inquiète lui aussi de l’utilisation politique de l’embrasement que connaît la région, soulignant que l’occasion permet au pouvoir de tenter de faire oublier aux Turcs la crise économique qu’ils continuent de subir (avec une inflation annuelle à 88,5 % au 3 septembre, selon le groupe d’économistes indépendants Enag).
L’objectif est de “créer l’impression que nous sommes tous dans le même bateau”, afin de rallier l’opinion, estime le média. Birgün déplore aussi la volonté d’Erdogan de museler l’opposition autour de l’idée d’un “front intérieur” qui ne doit souffrir d’aucune dissidence. Et le quotidien de rappeler que “pour les régimes autoritaires, les crises et les guerres sont toujours des occasions de renforcer leur pouvoir”.





