La répression contre les opposants s’intensifie en Turquie ces dernières semaines. Outre des journalistes, avocats et militants issus de l’opposition kurde ou kémaliste (laïque et nationaliste), de simples citoyens sont aussi visés par des procès pour “insultes au président de la République” au nom de messages publiés sur les réseaux sociaux.
Hilal Saraç, une astrologue, connue et suivie par des centaines de milliers de Turcs sur les réseaux, a ainsi été emprisonnée pour avoir publié un “bulletin de santé astrologique” de Devlet Bahçeli, leader de l’extrême droite et allié du président Recep Tayyip Erdogan, rapporte le média en ligne Diken.
Jusqu’en Syrie
Parfois même les frontières ne suffisent pas à les protéger. Un internaute turc originaire d’Istanbul, qui diffusait des vidéos comiques et critiques sur le pouvoir en narguant la censure depuis la Syrie où il s’était installé, a ainsi été identifié par la “division de lutte contre les crimes informatiques” et appréhendé en Syrie par la police turque, avant d’être incarcéré dans une prison turque, se réjouit l’agence de presse gouvernementale Anadolu. Elle souligne que 97 comptes sur les réseaux sociaux qui avaient relayé ces vidéos ont été fermés et font l’objet d’une enquête.
La répression n’épargne pas non plus le monde de la culture. L’agente d’acteurs la plus connue et la plus influente de Turquie, Ayse Barim, accusée de “tentative de renversement du gouvernement” pour sa présence aux manifestations dites du “parc Gezi”, il y a douze ans, a été emprisonnée fin janvier. Et parmi les acteurs turcs les plus connus, appelés à témoigner contre elle, deux ont refusé et sont poursuivis pour faux témoignage.
Le 17 février, un juge du tribunal pénal d’Istanbul avait accepté la remise en liberté provisoire d’Ayse Barim, mais la décision a été annulée le jour même et le juge qui l’a rendue fait désormais lui-même l’objet d’une enquête, souligne le média en ligne Medyascope.
Face à l’avalanche des procès et des arrestations, la Tüsiad, principale organisation patronale turque, a appelé publiquement à la fin de la répression et à l’indépendance de la justice. Une première dans l’histoire de l’organisation, tenue par la bourgeoisie kémaliste et qui rassemble 4 500 des plus grosses firmes du pays, représentant 80 % des exportations turques et 80 % du total national des recettes fiscales des entreprises.
Mal lui en a pris. Ses deux dirigeants, le patron des patrons, Orhan Turan, et son bras droit, Ömer Aras, ont été accusés de “tenter d’influencer le cours de la justice”, arrêtés et conduits le 19 février devant un juge, avant d’être laissés libres, avec une interdiction de quitter le territoire.
Image internationale
Les images des deux puissants patrons fermement maintenus par des policiers, diffusées notamment par la chaîne de télévision Halk TV, ont fait le tour des réseaux et provoqué une profonde surprise en Turquie.




