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Le Point, le 30/06/2026
par Guillaume Perrier
Grand reporter
Le gouvernement de Benyamin Netanyahou reconnaît le génocide de 1915 et provoque une escalade avec Ankara.
« Il n’est jamais trop tard pour faire ce qui est juste », s’est justifié le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, parlant d’un « devoir moral et historique ». À sa proposition, les membres du gouvernement israélien ont approuvé à l’unanimité, dimanche 28 juin, la reconnaissance du génocide des Arméniens perpétré par les Jeunes-Turcs à la fin de l’Empire ottoman.
« Le génocide arménien reste à ce jour l’objet d’une campagne institutionnalisée de négation et de minimisation, incluant une réécriture manipulatrice de l’histoire, principalement menée par le gouvernement turc », a souligné le diplomate israélien. Pour que cette reconnaissance prenne pleinement effet, elle doit encore être votée par la Knesset. Mais le pas franchi est jugé « historique ».
Gideon Saar faisait déjà partie des députés qui réclamaient en 2019 la reconnaissance du caractère génocidaire des massacres et des déportations commis à partir de 1915. Mais à l’époque, le cabinet israélien avait bloqué le texte. À quatre autres reprises, entre 2011 et 2021, l’opposition à la Knesset a tenté de faire passer une loi, sans succès.
Pendant des décennies, la prudence a été de mise en Israël, où les dirigeants ont toujours pris soin d’éviter de prononcer le mot « génocide ». D’abord pour ne pas froisser la Turquie, un allié stable depuis 1948, membre de l’OTAN, partenaire commercial de poids. Mais aussi pour ne pas s’aliéner l’Azerbaïdjan, avec lequel elle a noué une alliance étroite ces quinze dernières années. Bakou est le principal fournisseur de pétrole et de gaz à Israël qui en retour exporte des équipements militaires. Deux avions-cargos chargés d’armes ont encore fait la navette cette semaine entre les deux pays.
« Un nouvel Iran »
Le Premier ministre Benyamin Netanyahou avait entrouvert la porte d’un changement de doctrine, en 2025. Au cours d’un talk-show télévisé, il avait reconnu comme « un génocide » ce que la Turquie décrit comme « les événements de 1915 ». Mais la décision de son gouvernement, fin juin, apparaît d’abord comme un défi lancé à la Turquie, avec laquelle les relations se sont détériorées ces derniers mois. Tel-Aviv accuse Ankara d’être l’un des principaux soutiens du Hamas. Une partie de la classe politique et médiatique n’hésite pas à décrire la Turquie comme « un nouvel Iran ».
Sous le feu des critiques turques pour ses opérations au Liban, en Syrie, à Gaza et en Cisjordanie, Israël répond ainsi sur le terrain rhétorique. Le président Erdogan n’hésite pas à comparer le gouvernement israélien à Hitler. De son côté, Benyamin Netanyahou qualifie le dirigeant turc de « dictateur antisémite » et a précédemment dénoncé un « génocide des Kurdes ». Cette fois, c’est la carte arménienne qui a été sortie.
Colère de la Turquie
Dès l’annonce de la décision en Israël, Ankara a immédiatement dénoncé un acte hostile à son encontre. « Le gouvernement israélien, qui a systématiquement persécuté le peuple palestinien sous les yeux du monde entier et qui est actuellement jugé devant la Cour internationale de justice pour génocide contre la population de Gaza, tente de dissimuler ses propres crimes avec la décision politique sur les événements de 1915 », a réagi le ministère turc des Affaires étrangères, dans un communiqué.
La presse turque elle aussi s’indigne. Le quotidien nationaliste Sözcü pointe une « initiative malveillante qui nie les réalités juridiques et historiques » et parle d’un « prétendu génocide ». Le quotidien Hürriyet y voit une « provocation ».
En Azerbaïdjan, le pouvoir n’a pas réagi avec autant de virulence. « La décision du gouvernement israélien concernant le prétendu “génocide arménien” est une source de grave préoccupation », s’est ému le ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères, qui appelle le gouvernement israélien à « reconsidérer cette décision ».
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