Les manifestations en Iran, dont la répression aurait fait plus de 2 000 morts, inquiètent fortement les autorités turques. Ancien chef des services secrets, actuel ministre des affaires étrangères et homme clé du pouvoir turc, Hakan Fidan, interviewé par la chaîne publique TRT, a relativisé l’importance des protestations en cours, considérant qu’il s’agissait de manifestations cycliques, “qui ont lieu tous les trois ou quatre ans”, qui ne pouvaient pas faire tomber la République islamique. Plus étrange, non content d’insister sur la solidité du régime, il estime que les manifestants étaient “manipulés” par le Mossad, les renseignements extérieurs israéliens, reprenant ainsi la propagande de Téhéran.

 

Iran : la situation au 11 janvier 2026.Iran : la situation au 11 janvier 2026. SOURCES : INSTITUTE FOR THE STUDY OF WAR AND AEI’S CRITICAL THREATS PROJECT
 
 

De même, la perspective d’une intervention américaine agitée par Donald Trump a été critiquée par le porte-parole de l’AKP – le parti du président de la République, l’islamo-nationaliste Recep Tayyip Erdogan –, Ömer Çelik, considérant que “la stabilité est importante. C’est une affaire interne à l’Iran et une intervention extérieure ne ferait qu’empirer la situation”, rapporte le quotidien Evrensel.

 

Craintes des revendications autonomistes

“Si l’Iran s’enflamme, c’est toute la région qui va brûler”, s’inquiète un éditorialiste du quotidien progouvernemental Türkiye qui craint en particulier que la minorité kurde d’Iran n’en profite pour demander une forme d’autonomie, ce qui pourrait avoir un effet contagieux en Turquie. “Aujourd’hui, les manifestants réclament la liberté’, mais demain, ils demanderont peut-être des reconnaissances culturelles, identitaires ou une forme d’autonomie”, met en garde le journaliste.

La perspective d’une prise de pouvoir par les partisans d’un retour de la dynastie Pahlavi ou par d’autres nationalistes persans inquiète aussi la Turquie, car l’Iran compte une importante minorité turcophone. “Au moins un quart de la population iranienne est d’origine azérie, si le nationalisme persan monte en flèche, toutes les minorités vont vouloir faire cavalier seul”, estime un ancien diplomate, Mehmet Ögütçü, interrogé par le site en langue turc de la Deutsche Welle.

L’opposition turque, elle, est hostile au régime de Téhéran, mais l’est encore plus face aux migrants et s’inquiète de la possibilité d’un afflux massif de réfugiés. Le principal parti d’opposition, le CHP, a ainsi soumis une question parlementaire au ministre des affaires étrangères portant sur “la sécurité des frontières et le risque d’une augmentation de l’immigration illégale en cas de répression militaire de la contestation”, rapporte le média en ligne T24.

Les déclarations du président américain, qui continue également de brandir le spectre d’une intervention militaire, d’une taxation supplémentaire de 25 % pour les pays commerçant avec l’Iran sont aussi une source d’inquiétude. Sous la pression des États-Unis, la Turquie a déjà, dans le passé, quasiment réduit à néant ses importations de pétrole iranien, mais elle continue d’importer du gaz, avec la permission de Washington. Près de 13 % du gaz turc proviennent ainsi d’Iran, souligne la chercheuse en politiques énergétiques Müdhan Saglam, interrogée par le quotidien Cumhuriyet, sans compter les autres échanges commerciaux entre les deux pays. Au vu du volume des échanges avec les États-Unis, l’application de cette nouvelle taxe pourrait coûter 4 milliards d’euros aux importateurs turcs, s’alarme le quotidien.