L’Arabie saoudite et la Turquie avancent pour “redonner vie à la ligne de chemin de fer historique du Hedjaz”, titre le site Al-Monitor après la signature de deux accords-cadres pour le développement de la coopération logistique entre les deux pays, le 9 juin, à Riyad. Ce projet vise à “construire des couloirs de transport terrestre” entre la péninsule Arabique et le continent européen, via “le réseau ferroviaire turc qui est directement relié à l’Europe du Sud”, précise le quotidien saoudien Asharq Al-Awsat.
Cela “s’inscrit parfaitement dans la vision stratégique plus globale de la Turquie” pour devenir une plateforme logistique entre le Golfe et l’Europe, acquiesce le quotidien turc Turkiye Today, qui rappelle que ces accords turco-saoudiens viennent à la suite d’un autre accord, trilatéral, entre la Turquie, la Syrie et la Jordanie, signé deux mois plus tôt, pour rétablir le trafic ferroviaire entre ces trois pays. “Avec l’Arabie saoudite maintenant également officiellement à bord, ce projet ambitieux passe d’un niveau régional à celui d’un énorme couloir commercial international.”
Pour l’instant, il est prévu d’étendre la ligne jusqu’aux régions centrales de l’Arabie saoudite, via Aqaba, sur la mer Rouge, en Jordanie, et Neom, le mégaprojet de ville futuriste cher au prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, ajoute le journal turc. Mais “à long terme”, il est envisagé de l’étendre “à travers Oman jusqu’à l’océan Indien”, et plus précisément vers le grand port omanais de Sohar. Ces plans s’inscrivent donc dans la multiplication d’annonces de “nouvelles voies logistiques pour contourner le détroit d’Ormuz” évoquées le mois dernier par The South Chine Morning Post.
Un coup porté à l’influence régionale israélienne
Mais dans l’immédiat, l’annonce du projet est également un signal hautement géopolitique, note sur X Hady Amr, ancien conseiller américain pour la Palestine et aujourd’hui chercheur au Brooking Institute, qui souligne que le projet “contourne délibérément Israël et les Émirats arabes unis”. Le port omanais de Sohar est en effet un concurrent direct du port émirati de Djebel Ali, à Dubaï, aux Émirats arabes unis. Contrairement à ce dernier, il a l’avantage de se situer directement sur la mer d’Arabie, avec accès direct aux océans sans passer par le détroit d’Ormuz.
D’autre part, le projet turco-saoudien privilégie le passage par la Jordanie et la Syrie, au détriment d’Israël, souligne Times of Israel. Selon le quotidien israélien, cela en fait clairement un projet concurrent à celui d’Israël d’établir un autre corridor commercial, reliant l’Asie à l’Europe via l’État hébreu.
Le journal note que les réseaux sociaux saoudiens se félicitent d’un “coup fatal porté à un des projets économiques les plus stratégiques d’Israël”. Et cela signifie peut-être la fin de l’idée chérie par l’ancienne administration américaine du président Joe Biden de faire des voies commerciales transcontinentales un levier pour hâter la normalisation des relations entre l’Arabie saoudite et Israël, grâce à la signature des accords d’Abraham par Riyad.





