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Le Monde, le 06/02/2026
Par Nicolas Bourcier (Kahramanmaras /Turquie, envoyé spécial)
Des bouquets de fleurs rouges, un tapis de bougies et des larmes glissant sur les joues. Trois ans après le drame, la douleur est encore vive. En cette veillée d’hommage aux victimes du séisme du 6 février 2023, Kahramanmaras est en deuil. Ils sont plusieurs centaines à venir se presser, debout, dans le froid de la nuit, autour de l’autel dressé par la poignée de survivants de l’immeuble Said-Bey, un des 7 500 bâtiments anéantis, ce jour-là , dans cette ville travailleuse et conservatrice du sud de la Turquie.
C’est ici, à une vingtaine de kilomètres, que l’épicentre du tremblement de terre a été localisé. Selon les données, Kahramanmaras et ses alentours ont enregistré près de 13 000 morts sur les 54 000 recensés officiellement dans les 11 provinces touchées par le séisme. En ville, des fosses communes ont été créées pour enterrer plus de 5 000 corps. Un responsable municipal a mentionné que ce chiffre avait peut-être atteint le double. Les trois quarts du bâti de la cité ont été endommagés ou détruit. Depuis, près de 58 000 unités d’habitations ont été construites, d’après le décompte des services de la présidence, à Ankara. Plus de 430 000 pour l’ensemble de la région sinistrée.
Tuba Erdemoglu est l’organisatrice de cette veillée nocturne. L’effondrement de l’immeuble Said-Bey, deux bâtiments de huit étages, situé sur les hauteurs de Kahramanmaras, a emporté sa sœur, sa mère, son père et son grand-père. A peine huit secondes ont suffi pour que l’édifice s’écroule sur lui-même, entraînant la mort de 45 personnes. Seuls 25 résidents ont survécu. La plupart sont là , ce soir, autour des photos des défunts, posées à même le sol.
Course effrénée de la rente immobilière
Ensemble, ils ont été parmi les tout premiers à constituer un dossier et à intenter collectivement une action en justice, avec Tuba Erdemoglu comme porte-voix. Le Monde avait rencontré cette quadragénaire peu avant le premier anniversaire de la catastrophe, lors d’une audience au tribunal de la ville. Avec éloquence et entrain, elle avait raconté comment elle avait récupéré les preuves de malversations sur les ruines de l’immeuble, pris contact avec les experts − sept au total. Mais aussi comment leur rapport avait jeté une lumière crue sur de nombreux dysfonctionnements, passe-droits et contournements des règles de sécurité lors de la construction du bâtiment. Toutes ces pratiques courantes et pointées depuis des années par les spécialistes, qui dénoncent sans écho ni effet la course effrénée de la rente immobilière.
Deux ans et 10 audiences plus tard, Mme Erdemoglu se dit épuisée. « Nous sommes tous usés jusqu’à la corde. Au lieu de faire notre deuil, on se bat contre l’impunité et la condamnation des responsables. La justice est d’une lenteur désespérante, et la pression qu’elle provoque écrasante. » Le tribunal a exigé quatre rapports d’expert. Deux juges se sont succédé sur l’affaire du Said-Bey. « C’est à croire qu’ils ne s’intéressent pas aux preuves accumulées, dit-elle. Chaque audience est comme une première fois, avec cette impression qu’ils font tout pour éviter de s’attaquer aux vraies causes du problème. » Parfois, dans la salle d’audience, elle a l’impression d’être traitée comme une accusée.
Sur les cinq professionnels et techniciens locaux incarcérés et mis en examen les premiers jours, quatre ont été libérés, à l’exception du constructeur et vendeur de l’immeuble, Hasan Çam. L’homme, âgé de 53 ans, est une figure de Kahramanmaras. Propriétaire d’une chaîne de magasins d’alimentation, il est connu pour sa proximité avec les dirigeants de la ville, bastion du Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir à Ankara. « Pour sa défense, il a répété n’être qu’un simple commerçant, sans savoir ni diplôme, devenu constructeur parce qu’il avait de l’argent. C’est un meurtrier, affirme Mme Erdemoglu. Mais il n’est pas le seul. »
« Négligence consciente »
Avec d’autres survivants, cette dernière a contribué à la création de la Plateforme des familles en quête de justice, une association qui regroupe 145 membres. Répartis dans 11 villes touchées par le séisme, ils suivent plus de 250 procès. L’occasion, chaque fois, de pointer le fait qu’aucun haut fonctionnaire chargé de la supervision des projets de construction n’a été poursuivi, ni à Kahramanmaras ni ailleurs. Selon les sources, plus de 1 300 affaires sont en cours, et près de 1 850 personnes sont poursuivies. Au moins 118 condamnations ont été finalisées à ce stade, mais sous réserve d’appel. N’y figure aucun responsable de l’Etat ayant accordé des permis de construire ou validé des inspections de sécurité.
Une des principales causes de cette situation est la loi n° 4483 relative au jugement des fonctionnaires et autres agents publics. Celle-ci oblige les procureurs à solliciter l’autorisation des autorités compétentes avant d’ouvrir des enquêtes sur des fonctionnaires susceptibles d’être pénalement responsables. Ce qui, de fait, limite les procédures. Le ministère de l’intérieur a d’ailleurs refusé de divulguer le nombre de fonctionnaires à propos desquels une autorisation d’enquêter avait été accordée, invoquant des raisons de confidentialité.
Dans un procès très suivi à Adiyaman, trois responsables municipaux (adjoint au maire, directeur de l’urbanisme et chef du bureau des permis) ont été condamnés, le 20 janvier, à dix ans de prison chacun pour « négligence consciente » ayant causé la mort de plusieurs personnes. Mais le tribunal ne les a pas placés en détention, ce qui a suscité un fort émoi.
« Chacun doit prendre ses responsabilités »
Début février, la Plateforme des familles en quête de justice a tenu un rassemblement à Kadiköy, sur la rive asiatique d’Istanbul, pour mettre l’accent sur les problèmes juridiques et les retards dans les procédures en cours. La porte-parole de l’association, Döne Kaya, a déclaré que la justice n’a toujours pas été rendue : « Ce séisme était prévisible, il n’est pas une fatalité. Il est la conséquence de la négligence délibérée des institutions qui n’ont pas pris les précautions nécessaires. Pourquoi je dis cela ? Parce que l’AFAD [agence gouvernementale de gestion des catastrophes et des situations d’urgence], les préfectures de la région et les ministères ont mentionné dans des rapports préparés avec des experts, entre 2020 et 2021, que ce séisme se produirait. »
Seher Eris, l’une des avocates représentant l’association, a précisé que les véritables responsables ne se limitaient pas aux seuls entrepreneurs, mais concernaient toute une chaîne allant « des concepteurs des structures jusqu’aux inspecteurs, en passant par les fonctionnaires ayant délivré les permis et les responsables de l’urbanisme ».
En visite à Kahramanmaras et dans plusieurs villes de la région, quelques jours avant la venue sur place du président turc, Recep Tayyip Erdogan, le chef de l’opposition, Özgür Özel (Parti républicain du peuple), n’a cessé de critiquer l’impréparation d’un pouvoir « pourtant alors en place, sans interruption, depuis vingt ans ». Martelant que « chacun doit prendre ses responsabilités », il a aussi longuement écorné le bilan des constructions mis en avant par les autorités. « Si 70 % des promesses de logements ont été tenues, près de 270 000 personnes vivent toujours dans des conteneurs », a-t-il déclaré.
Vendredi matin, à 4 h 17, l’heure précise où a frappé le séisme, Tuba Erdemoglu et les survivants du Said-Bey avaient prévu de clore la cérémonie par le dépôt d’un tapis de fleurs sur les photos des défunts. Sur l’affiche érigée pour l’occasion, on peut lire : « Ce n’est ni un accident ni le destin, c’est un meurtre ! » Prochaine audience au palais de justice de Kahramanmaras, le 10 avril.
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