Cet été, face à l’inflation qui fait des ravages dans les budgets, seuls 24 % des Turcs ont prévu de partir en vacances cet été, rapporte le média en ligne T24. Mais les parents pourront envoyer leurs enfants dans de drôles de établissements estivaux. Gratuites et présentes dans toutes les provinces du pays, ces “écoles d’été” comme elles sont appelées sont une initiative de la puissante fondation Tügva, une association présidée par Bilal Erdogan, le fils du président islamo-nationaliste Recep Tayyip Erdogan.
Pendant six semaines, ces centres scolaires s’apprêtent à accueillir 550 000 enfants déjà inscrits se réjouit le quotidien islamiste Yeni Akit, qui s’est rendu dans une de ces “écoles d’été”. La première partie de la journée y est dédiée à des cours de religion sur le Coran et la vie du prophète de l’islam, Mahomet ainsi qu’à des cours de “morale”. L’après-midi est dédiée à des activités plus ludiques comme des jeux de société ou du sport, notamment du tir à l’arc, activité très appréciée par le fils du président turc. Une “élève” âgée de 10 ans confie au journal adorer cette école et avoir beaucoup de choses sur la religion tout en s’amusant et appelle ses camarades à la rejoindre plutôt qu’à passer l’été rivés à des écrans, rapporte le journal.
Là où le bat blesse pour les opposants, c’est que ces programmes à forte connotation religieuse ont lieu dans les écoles publiques, gratuitement prêtées à la fondation pour la durée de l’été. “C’est une attaque contre l’école publique, scientifique et laïque !” s’indigne, dans les colonnes du quotidien de gauche Birgün, Serkan Bebek un syndicaliste de l’enseignement de la ville de Gaziantep. Il souligne que ces cours qui ne sont soumis à aucun contrôle du ministère ont lieu dans des établissements équipés, entretenus et nettoyés quotidiennement par de l’argent public.
De la politique en plus de la religion
D’autant, qu’en plus des enseignements religieux et des activités culturelles et sportives, on y fait aussi de la politique. Le quotidien Cumhuriyet relate ainsi la visite d’une de ces “écoles d’été”, dans le quartier d’Esenler à Istanbul, par des responsables locaux de l’AKP, le parti au pouvoir depuis vingt-quatre ans. “Je vous apporte les salutations de quelqu’un. Il est très célèbre, non seulement en Turquie mais dans le monde entier. Il est grand, beau et originaire de [la ville de] Rize. Des idées ?” demande le responsable local aux enfants assemblés : “Recep Tayyip Erdogan ! ” répondent-ils en chœur. Dans la ville de Batman, c’est une vidéo d’enfants filmés sur le perron de leur école qui a fait le tour des réseaux sociaux : “le chef [de la section locale] de l’AKP nous a dit que si notre vidéo est beaucoup commentée, le chef du Tügva nous offrira des glaces”, clame le jeune porte-parole devant la troupe euphorique.
Comptant 300 000 bénévoles à travers le pays, l’association Tügva, qui ne cesse de multiplier les partenariats avec les institutions publiques, est un puissant outil politique pour Bilal Erdogan qui tente de se positionner comme le futur successeur de son père âgé de 72 ans.
Alors que le moindre financement européen vaut aux associations qui déplaisent au pouvoir d’être accusée de trahison dans la presse progouvernementale, l’association Tügva ainsi que la Türgev (dirigée, elle par la fille du président turc, Emine Erdogan) ont reçu, entre 2020 et 2025, 2,2 millions d’euros de financements de l’Union européenne, souligne par ailleurs le média en ligne Gazete Pencere.




