
Le président turc Recep Tayyip Erdogan, à Ankara, le 23 février 2025.
Déterminé à traquer la désinformation sous toutes ses formes, le procureur général d’Istanbul a ouvert une enquête, lundi 24 février, sur des personnes soupçonnées d’avoir diffusé des informations « intentionnellement trompeuses » à l’origine de la baisse de 2 % subie par la Bourse d’Istanbul vendredi 21 février. Cette enquête intervient moins d’une semaine après l’arrestation de deux responsables de la Tüsiad, l’association patronale turque, accusés, eux aussi d’avoir propagé de la « désinformation » au point de « menacer l’ordre public ». Forte de 4 500 entreprises, elle représente la moitié du revenu national privé de la Turquie et gère 85 % du commerce extérieur, hors énergie.
Placés sous contrôle judiciaire dans l’attente de leur procès, Orhan Turan, le numéro un de la Tüsiad, et Omer Aras, le président de son conseil consultatif, ont interdiction de se rendre à l’étranger. En cause, les discours qu’ils ont prononcés à l’occasion de l’Assemblée générale de l’association, le 13 février. « L’ordre du jour est accablant. Par où commencer ? », interroge Orhan Turan lorsqu’il prend la parole ce jour-là . Il n’y va pas par quatre chemins, dénonçant les pressions exercées sur les journalistes critiques, les récentes arrestations de députés, de chefs de parti, de maires, les problèmes persistants de violence à l’égard des femmes, l’impunité des auteurs de crimes financiers. « Il semble qu’il soit plus facile de créer une organisation criminelle que de créer une entreprise légitime », déclare-t-il notamment.
Prenant le micro après lui, Omer Aras, qui est aussi le président de la Qatar National Bank en Turquie, critique à son tour la dernière vague de purges ordonnées par le gouvernement à l’encontre de plusieurs personnalités de l’opposition et de journalistes. Entre le 14 et le 18 février, près de 300 élus et personnalités proches de l’opposition ont été appréhendés. « Nous sommes démoralisés. Nous traversons une crise de confiance, et la raison en est un système défaillant », déplore-t-il.




