Suffira-t-il d’un simple coup de fil pour faire prendre langue à deux ennemis, aux intérêts trop opposés ? Selon le Sudan Tribune, c’est tout cas le pari du président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui a proposé sa médiation entre le Soudan et les Émirats arabes unis lors d’une conversation téléphonique avec le chef de l’armée soudanaise et chef de l’État de facto, le général Abdel Fattah Al-Burhan.

L’intercession diplomatique turque est d’autant plus inattendue que, comme le rappelle Al-Jazeera, Abdel Fattah Al-Burhan accuse les Émirats arabes unis de fournir des armes à son rival, le groupe paramilitaire des Forces de soutien rapide (RSF), et de prolonger ainsi la guerre au Soudan. De leur côté, les Émirats arabes unis ont rejeté ces accusations et accusé l’armée de refuser de négocier la paix avec son ennemi.

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Le Soudan a accueilli cette offre avec intérêt, indique de son côté The New Arab, qui indique que le général Al-Burhan a salué tout rôle que la Turquie pourrait jouer pour mettre fin à la guerre qui déchire le pays.

Toutefois, il a posé quelques conditions préalables, ajoute le Sudan Tribune dans un autre article. Par la voix d’Ali Youssef, ministre des Affaires étrangères du Soudan, le pays a exigé que les Émirats arabes unis cessent de soutenir les Forces de soutien rapide et versent des réparations pour les dommages causés par le conflit.

 

Le rôle délétère d’Abou Dhabi

El-Fasher, Soudan
El-Fasher, Soudan

 

C’est fort de son travail de médiation réussie entre deux autres ennemis irréconciliables, la Somalie et l’Éthiopie, qu’Ankara a proposé de démêler la dramatique question soudanaise, qui a donné lieu, depuis avril 2023, à l’une des pires crises humanitaires actuelles. Plus de 13 millions de personnes ont été contraintes de fuir leur foyer depuis le début du conflit, tandis que 25 millions de personnes sont confrontées à de graves pénuries alimentaires. L’état de famine a même été déclaré dans l’immense camp de Zamzam, qui accueille les réfugiés de l’intérieur, dans l’ouest du Darfour.

Cette offre turque intervient alors que, le 12 décembre, l’agence de presse britannique Reuters révélait que, depuis le début de la guerre, au moins 86 vols en provenance des Émirats arabes unis ont atterri à Amdjarass, dans l’est du Tchad.

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Trois experts en armement affirment que les livraisons sont “très probablement des munitions ou des armes”. Dans une déclaration envoyée à Reuters, le gouvernement émirati affirme avoir organisé vers le Tchad 159 vols transportant plus de 10 000 tonnes de nourriture et d’aide médicale, en partie pour approvisionner un hôpital de campagne qu’il a établi à Amdjarass.

Mais cette activité suspecte vient corroborer les affirmations jugées “crédibles” par l’ONU, en janvier, selon lesquelles les Émirats arabes unis fourniraient du matériel militaire via la base arrière du Tchad aux Forces de soutien rapide du Soudan.

Une activité qui a attiré l’attention d’élus américains qui ont déposé, selon Middle East Eye, un projet de loi visant à suspendre les ventes d’armes américaines aux Émirats arabes unis jusqu’à ce que ces livraisons d’armes émiraties aux RSF cessent.