Il y a un an presque jour pour jour, lors de l’ouverture de la COP30 de Belém au Brésil, Emmanuel Macron revêtait son costume de «champion de la Terre» devant un parterre de chefs d’Etats. A la tribune, dans un discours musclé, dix ans après l’accord de Paris pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, il fustigeait les «prophètes de désordre» qui «sèment le doute quant à l’urgence climatique», appelait les dirigeants du monde à «organiser la sortie des énergies fossiles», à choisir le «multilatéralisme face au repli sur soi» et «la science face à l’idéologie». Une façon de remobiliser les troupes face à l’entreprise de démolition du climat menée par l’administration Trump. Cette année, ce sera silence radio. Le président de la République ne sera pas présent à l’ouverture de la COP31, organisée en Turquie du 9 au 20 novembre. La dernière de son deuxième mandat.
Chacun des raouts onusiens dédiés au climat débute par quelques jours de déclarations des chefs d’Etat. Cette année, cela est prévu les 11 et 12 novembre. Mais Emmanuel Macron a d’autres rendez-vous : il assistera aux commémorations de la fin de la Première Guerre mondiale le 11 novembre puis se rendra le lendemain au sommet de la communauté politique européenne, série de réunions initiée par le président français dans le contexte de la guerre en Ukraine.
Bons et mauvais élèves
«A l’heure où le multilatéralisme est extrêmement fragilisé et où les signaux sont au rouge en termes d’urgence climatique, ne pas prioriser la diplomatie environnementale est un signal politique désastreux, regrette la responsable politiques internationales du Réseau Action Climat, Gaïa Febvre. La France ne peut pas prétendre défendre l’accord de Paris sans s’engager pleinement.» De son côté, l’Elysée réfute un quelconque désintérêt et invoque un fâcheux conflit d’agenda.
Protocole oblige, Emmanuel Macron ne pourra pas être remplacé à la tribune de la COP31. Une occasion manquée de se positionner comme un pays moteur à l’heure où les Etats-Unis se sont retirés des négociations climatiques et comptent pomper toujours plus de pétrole et de gaz pour répondre à la crise énergétique. Pour cette COP où l’électrification de nos sociétés sera un des sujets centraux, la France a pourtant des arguments : elle souhaite «affirmer son rôle comme première puissance électrique européenne». L’Elysée précise que l’ambassadeur climat, Benoît Faraco, sera là durant toute la quinzaine pour mener les négociations. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, rejoindra de son côté la délégation française durant la deuxième semaine.
Analyse
En neuf ans de mandat, c’est la quatrième fois qu’Emmanuel Macron sèche une ouverture de COP. Il y eut d’abord 2018, à cause de la crise des gilets jaunes, puis 2019, année de contestation de la réforme de retraites, puis en 2024, dans un contexte de relations dégradées avec le régime azerbaïdjanais qui accueillait le sommet à Bakou.
La séquence politique qui ouvre chaque rendez-vous climat est certes avant tout symbolique mais elle donne la première impulsion aux négociations : les chefs d’Etats se succèdent pour des déclarations pleines de bonnes intentions, des appels à l’action voire des annonces d’initiatives ou de financements supplémentaires dédiés à la crise climatique. La présence, ou à l’inverse l’absence, des bons et mauvais élèves est scrutée par les observateurs. Durant les deux semaines qui suivent, une fois les chefs d’Etat envolés, les négociateurs de chaque pays mettent les mains dans le cambouis pour arracher des avancées.
«Cataclysme»
Cette année, le sommet des dirigeants est particulièrement déserté, y compris par les pays européens. Nombreux sont ceux qui, comme Emmanuel Macron, se rendront au sommet de la communauté politique européenne, le 12 novembre, organisé en Irlande, qui réunira une cinquantaine de chefs d’Etat et de gouvernement de tout le continent européen. Cependant, les dirigeants de l’Espagne, de la Suède et de la Finlande ont fait en sorte d’être présents à la COP.
Chose inhabituelle, une deuxième fournée de discours est également organisée à mi-COP, les 17 et 18 novembre, pour les dirigeants absents à l’ouverture du raout climat. Mais là aussi, la France sera absente à la tribune, tandis que l’Allemagne, l’Italie et la Grèce participeront. L’Elysée ne semblait pas au courant de cette session de rattrapage mais, qu’importe, Emmanuel Macron a encore une excuse : il sera en tournée en Asie, d’abord au Cambodge pour le 20e sommet de la francophonie puis en Malaisie.
Avec son slogan «Make our planet great again», Emmanuel Macron s’était positionné comme un acteur engagé pour le climat en 2017 à la suite du premier retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris, sous le premier mandat de Donald Trump. «La voix du président de la République porte encore à l’international, il apparaît comme un leader, même si ce qu’il fait à la maison est parfois contradictoire. La France se présente par exemple comme une championne de la réduction des émissions de méthane, un gaz à effet de serre puissant, en vue de cette COP31. Mais récemment Emmanuel Macron a plaidé pour un report de l’entrée en vigueur d’un règlement européen sur le sujet», signale Gaïa Febvre.
Au niveau national, la politique climatique a souffert d’une multitude de reculs ces dernières années et même plus récemment au terme d’un été caniculaire où le gouvernement s’est engagé à accélérer l’adaptation au changement climatique. Dernière victime en date, à quelques jours de la COP : le fonds chaleur, qui aide à accélérer le déploiement des réseaux de chaleur et de froid renouvelables pour les collectivités. Les nouvelles demandes sont suspendues à cause d’un budget contraint. Un «véritable cataclysme dans la stratégie française de réduire sa dépendance aux énergies fossiles, importées, chères et carbonées», a déploré l’association Amorce, premier réseau français de collectivités territoriales et d’acteurs locaux engagés dans la transition écologique.
L’arrêt de plusieurs programmes d’accompagnement et de lutte contre la précarité énergétique a également été décidé. Et ce malgré les rappels à l’ordre récents de la Cour des comptes et du Haut Conseil pour le climat, qui martèlent que la France n’est toujours pas sur la bonne trajectoire pour respecter ses propres objectifs écologiques.





