Le texte, par lequel Ankara entend étendre ses droits sur d’importantes zones maritimes, avait été ratifié par la Turquie et l’ancien Gouvernement d’union nationale (GNA) basé dans l’ouest de la Libye en 2019. À l’époque, Ankara avait soutenu ce dernier en déployant ses drones de combats et ses mercenaires syriens pour stopper une offensive des forces de Khalifa Haftar contre Tripoli.

Après avoir longtemps été conspués par la presse turque, le maréchal et son clan semblent jouir d’un retour en grâce. C’est notamment le fils, Saddam Haftar, qui a rendu cette signature possible, après la démission du chef historique du Parlement Libyen, Aguila Salah Issa, remplacé par une figure plus conciliante envers les intérêts turcs, rapporte le Middle Easy Eye.

Le média panarabe explique que la Turquie, qui à l’oreille de Donald Trump, devrait apporter son soutien au plan de l’envoyé américain Massad Boulos pour la Libye. Celui-ci vise à réunifier le pays selon un format dans lequel le poste de Premier ministre resterait dévolu à Abdel Hamid Dbeibah et la présidence serait confiée à Haftar ou à l’un de ses fils.

 

“Réponse forte”

“Voilà la réponse à ceux qui se demandaient ce que nos petits Mehmet [le surnom affectueux donné aux soldats turcs] allaient faire dans le désert libyen”, clame le quotidien turc pro gouvernemental Sabah. Le journal rappelle que la Libye a une importance symbolique aux yeux des Turcs, à la fois pour les nostalgiques de l’empire ottoman et pour les kémalistes. Mustafa Kemal “Atatürk” avait en effet joué un rôle important dans la tentative de défense du territoire contre l’invasion italienne en 1911-1912.

Mais la signature de cet accord est accueillie avec beaucoup moins d’enthousiasme par d’autres puissances méditerranéennes, souligne le quotidien : “Cet accord, qui renforce les droits souverains d’Ankara en Méditerranée orientale et sa maîtrise des ressources énergétiques est une réponse forte non seulement à l’objectif du tandem Chypre du Sud-Grèce, mais aussi à celui d’Israël, de la France et de l’Italie de faire main basse sur la Méditerranée orientale”, soutient Sabah.

 

Condamnation de l’Union européenne

La Turquie clame en effet sa souveraineté sur des eaux disputées en Méditerranée, au large des îles grecques comme de Chypre. Des prétentions d’autant plus importantes qu’une partie de ces fonds marins pourraient s’avérer riches en gaz et en pétrole. Cet accord se fait donc au détriment de la Grèce et de Chypre et fait monter la tension déjà élevée entre les voisins.

L’Union européenne, par la voix de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a condamné un “accord qui porte atteinte aux droits souverains de pays tiers, viole le droit de la mer et est nul et non avenu”, souligne le quotidien d’opposition Birgün. En 2019, déjà, le texte avait été jugé illégal par Athènes et Nicosie et avait suscité l’ire de Bruxelles.

“La responsabilité de l’Union européenne n’est pas d’aggraver les tensions régionales, mais d’ouvrir la voie à des solutions justes et durables”, a réagi le chef de l’opposition turque Özgür Özel. Ce dernier, pourtant prompt à critiquer le militarisme du pouvoir de Recep Tayyip Erdogan, semble veiller à contenter la frange nationaliste de ses électeurs.

Désormais Ankara veut s’assurer les bonnes grâces de l’Égypte, signataire en 2020 avec la Grèce d’un un accord maritime concurrent à l’accord turco-libyen. “C’est une réussite diplomatique qui montre que, si les pays de la région concluaient des accords avec la Turquie, ils pourraient obtenir des espaces maritimes beaucoup plus vastes – et pas seulement la Libye, mais aussi l’Égypte”, pointe ainsi un universitaire turc interviewé pour un article sur le site de la chaîne nationale TRT.