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Le Point, le 05/04/2026
ENTRETIEN
L’écrivain turc, de passage en France à l’occasion de la sortie de son dernier roman « Boléro », évoque la prison, la liberté, et son pays aujourd’hui.
Propos recueillis par Valérie Marin La Meslée
En Turquie, la plaisanterie veut que l’on compte plutôt les écrivains qui, dans l’Histoire, ne sont pas passés par les geôles du pouvoir que l’inverse. Ahmet Altan, prix Fémina pour Madame Hayat, en témoigne, fils de Çetin Altan, journaliste et opposant communiste, et frère de Mehmet, emprisonné le même jour que lui en 2016. Cinq ans plus tard, il était enfin libre.
Et lorsqu’on le rencontre, alors qu’il est de passage à Paris et au festival Atlantide de Nantes pour la sortie de son nouveau roman Boléro, toujours chez Actes Sud (traduction de Julien Lapeyre de Cabannes), il avoue avec humour à propos du titre qu’il avait donné à ses inoubliables carnets de prison, Je ne reverrai plus le monde : « Oui, je suis un menteur. » Aujourd’hui encore, tant d’autres auxquels il pense sont derrière les barreaux dans son pays – Demirtas, Kavala…
Le double jeu pétrolier d’Erdogan
Amhet Altan est né en 1950 à Ankara, journaliste depuis 1974, il a fait tout ce qu’il fallait pour déplaire au régime – dénoncer l’armée turque face aux Kurdes, appeler à la reconnaissance du génocide des Arméniens… Dès son premier roman (1982) il a eu droit à un autodafé, non pas tant pour le sujet du livre que parce qu’il fallait nuire à cet Altan opposant.
Dans Boléro, sa nouvelle héroïne, Asli, attirée par un ancien procureur, Mehmet, se bat avec elle-même : physiothérapeute respectée, femme libre et indépendante, elle se sent prisonnière d’une relation toxique avec cet homme séduisant mais mafieux, à travers lequel elle va peu à peu découvrir son pays proche d’un « bourbier de l’injustice et du crime ».
Entretien.
Le Point : Que reste-t-il en vous de ces cinq années de prison ?
Ahmet Altan : La prison peut vous réduire à néant, mais moi elle a changé ma vie positivement, car j’y ai écrit des livres. Enfermé avec deux détenus dans cette cellule – ce qui est difficile pour un homme comme moi connu pour aimer les femmes – je ne me suis jamais senti en prison puisque je passais la plupart de mon temps avec Madame Hayat, et qui ne voudrait pas passer son temps avec elle ? (Sourire.)
Le personnage de Mehmet dans Boléro, est un ancien procureur, que symbolise cette profession aujourd’hui en Turquie ?
Le personnage de Mehmet me permet de sonder un homme qui charme par son intelligence, tout en étant mauvais. À la manière d’une plante carnivore, il s’en sert pour tout broyer. Dans un pays comme la Turquie, les procureurs ont le pouvoir de ruiner des vies humaines. Un exemple : c’est un procureur qui a envoyé 6 policiers chez moi pour m’arrêter, m’amener au sous-sol de la direction de la police. Quand un matin, ils m’ont fait remonter, j’ai demandé au policier qui m’interrogeait pour quelle raison le producteur m’avait fait mettre en garde à vue ?
Le policier a regardé le papier, et me l’a lu : « Vous avez envoyé un message subliminal aux putschistes qui ont fait le coup d’État (NDLR manqué contre le président Erdogan, en 2016). » Je lui demande ce que veut dire, ici, « subliminal ». Le policier l’ignore, et me dit qu’on va regarder dans Google… Et de m’expliquer que j’avais envoyé un message inconscient pour que le coup d’État arrive. Le procureur qui m’a fait arrêter sur ce motif est aujourd’hui gratifié du poste de secrétaire du ministre de la Justice, vous avez compris pourquoi il est important que mon personnage soit un procureur.
L’empire ottoman s’est suicidé en tuant les Arméniens.
Même si ce n’est pas le sujet principal du livre, on y découvre les rapports entre les politiques et la mafia… D’ailleurs le fils d’un ministre a récemment été inculpé pour trafic de drogue avec le Venezuela..…
Il y a beaucoup de pays du monde dans lesquels les rapports entre mafia et État sont très importants, aucune mafia ne pourrait se développer sans ce soutien de l’État. Dans les pays en voie de développements, ces liens sont encore plus forts parce qu’il n’y a pas de liberté de la presse, pas de médias qui peuvent révéler ces liens.
Je suis en train de travailler sur ce sujet dans le roman que j’écris actuellement. Pour autant, la politique dans mes livres n’est pas un sujet de fond, je l’utilise comme arrière-plan en essayant de montrer comment l’atmosphère qu’elle impose influence la vie privée des individus, car ce qui m’importe avant tout, c’est d’écrire sur les êtres humains.
Votre éditeur chez Actes Sud, Timour Muhidine, nous dit que vous avez récemment publié avec succès un roman consacré au génocide des Arméniens, en cours de traduction en français. Comment écrire sur cette partie tragique de votre fresque historique sur l’empire ottoman ? Et que risque-t-on en traitant de ce sujet tabou en Turquie ?
Le génocide arménien est une traîtrise de l’empire ottoman dont les dirigeants ont décidé d’exiler les Arméniens à l’extérieur, condamnant des milliers de personnes à prendre la route, à trouver la mort. L’empire ottoman s’est suicidé en tuant les Arméniens. Si je dis « l’empire ottoman a tué un million d’Arméniens », je parle d’Histoire, on ne retiendra pas forcément l’information.
Lorsque j’écris l’histoire d’une seule personne qui a vécu ce génocide, le lecteur ne l’oubliera jamais. Voilà pourquoi les gouvernements haïssent autant la littérature : les pensées peuvent disparaître mais pas les sentiments, la littérature permet d’avoir ressenti ces souffrances, sans avoir à vivre ces aventures dangereuses. En Turquie, il est vrai que l’on n’aime pas parler du génocide des Arméniens parce qu’on pense que c’est un sujet dangereux, mais j’ai écrit le livre, il a été imprimé, et pour l’instant je n’ai pas encore de procès.
De toute façon, j’ai commencé à écrire en connaissance de cause… Mon père a eu à peu près 300 procès, je ne dois pas en être loin, j’ai été jugé pour tout un tas de choses, propagande communiste, terrorisme kurde, terrorisme islamique, offense aux dirigeants, je suis habitué à cela. Je ne peux pas me plaindre car on sait à quoi on s’expose quand on est écrivain en Turquie.
La laïcité ne contient pas toujours la démocratie.
Une pétition d’intellectuels a récemment été lancée pour la laïcité : en étiez-vous ?
Non, je n’ai pas signé cette pétition, d’ailleurs ils ne me l’ont pas demandé. La laïcité est un très grand débat en Turquie, de plusieurs points de vue. Le pouvoir conservateur est contre la laïcité mais ceux qui se battent seulement pour la laïcité sont dangereux aussi, parce que pendant des années l’appareil militaire s’est maintenu au pouvoir en instrumentalisant la laïcité, en en faisant son idéologie. Il faut donc faire attention car la laïcité ne contient pas toujours la démocratie, on peut être laïc sans être démocrate. Même si comme démocrate on se sent laïc. Mon combat est celui pour la démocratie, qui englobe laïcité, égalité, droits de l’homme.
La Turquie peut-elle devenir une théocratie ?
La Turquie est un pays pauvre : elle n’a ni pétrole, ni gaz naturel – tant mieux, si on était un pays riche les dirigeants auraient déjà tout pris, il n’y a qu’à voir la Russie avec l’Ukraine. Elle dépend donc d’autres pays, notamment occidentaux, et fait partie de l’Otan. Elle a une relation importante avec l’Union européenne, même si son entrée lui a été refusée. Autant de raisons qui ne peuvent faire de la Turquie une théocratie si facilement. D’autant qu’à l’intérieur du pays, une grande majorité s’y opposerait.
Le maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, est en prison. Or il était un candidat crédible pour se présenter à la prochaine élection présidentielle contre Erdogan. Quel espoir avez-vous encore pour votre pays ?
Que la démocratie advienne. Erdogan a été élu, mais élection ne veut pas dire démocratie : la preuve par la Russie, l’Iran, la Syrie, où il y a des élections… La démocratie se construit sur des lois, sur l’égalité des citoyens devant la loi, pénale, devant des institutions qui empêchent les dirigeants de faire ce qu’ils veulent.
Or la Turquie n’a jamais connu de vraie démocratie, ce n’est pas Erdogan qui la fait disparaître mais il a rendu la situation pire qu’elle n’était. C’est à la société de répondre, de s’intéresser et de prendre conscience de l’importance du droit. Car en Turquie nous n’avons jamais eu un vrai système efficace, un véritable État de droit… La Turquie d’aujourd’hui est plus en retard sur le droit que la Magna Carta, charte qui a posé les fondements de la démocratie et du droit en Angleterre en 1215 !
Comment voyez-vous le rôle géopolitique de la Turquie dans la situation de guerre au Moyen Orient ?
La Turquie a une caractéristique et un pouvoir uniques sur le plan géopolitique, elle possède un réel pouvoir en lien la paix : elle est héritière d’un empire qui connaissait l’Europe, le Moyen-Orient et même un bout d’Afrique, elle connaît et la culture occidentale, et la culture orientale, les chrétiens, les musulmans : la Turquie est donc le seul et unique pays qui peut créer ce pont entre les chrétiens et les musulmans, entre Occident et Orient.
Quand ce gouvernement est arrivé au pouvoir, le monde entier était convaincu que la Turquie allait pouvoir être ce catalyseur pour apporter cette paix. La Turquie allait être le premier exemple de pays démocrate musulman et si elle avait réussi cela, votre vie jusqu’en Europe allait en être changée également. Il n’y aurait plus eu d’augmentation du nombre d’immigrés qui allaient entraîner la hausse de l’extrême droite. Il y aurait eu un autre climat politique. Malheureusement le gouvernement n’a pas voulu faire cela. Pour autant, la Turquie a toujours cette force. Et peut-être qu’un jour, elle pourra le faire.
Boléro, d’Ahmet Altan traduit du turc par Julien Lapeyre de Cabannes, éditions Actes Sud, 224 p., 22 €.
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