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Le Figaro , le 08/07/2026
Par Stanislas Poyet Correspondant à Jérusalem
DÉCRYPTAGE – Le président américain dit envisager de réintégrer la Turquie dans ce programme d’armement, après l’en avoir exclue en 2019 parce qu’elle avait fait l’acquisition de systèmes antimissiles russes.
Donald Trump a annoncé mardi son intention d’« examiner » la possible vente de chasseurs F-35 à la Turquie. Il avait décidé de s’y opposer, en 2019, après l’acquisition de systèmes antimissiles russes S-400 par Recep Tayyip Erdogan. La possible réintégration d’Ankara dans le programme d’armement américain menace de remettre en cause l’avantage militaire qualitatif dont se prévaut l’État hébreu sur les autres pays de la région. Benyamin Netanyahou espère en dissuader Donald Trump.
Le F-35 est devenu l’un des instruments centraux de la profondeur stratégique israélienne : il permet à son armée de l’air de frapper loin, vite, en limitant l’exposition des pilotes. Cet avion a joué un rôle central dans les attaques israéliennes contre l’Iran. Début mai, Israël a encore approuvé l’acquisition de deux nouveaux escadrons américains, dont un de F-35.
C’est cette architecture que Benyamin Netanyahou craint de voir menacée. « Je ne pense pas qu’ils devraient recevoir des F-35, ni les moteurs pour leurs avions de combat », a-t-il déclaré sur Fox News, jugeant qu’une telle décision « bouleverserait l’équilibre des forces au Moyen-Orient ». Washington avait exclu Ankara après l’achat du S-400, de crainte que l’emploi du système russe n’expose certaines caractéristiques de l’avion furtif à Moscou. Six ans plus tard, Erdogan espère profiter du sommet d’Ankara pour obtenir un geste de Donald Trump.
Ankara, compétiteur en Syrie et à Gaza
Pour Israël, la question est d’autant plus sensible qu’elle se pose au moment où sa dépendance à Washington redevient visible. Les guerres à Gaza, au Liban et en Iran ont confirmé sa puissance militaire, mais aussi son besoin d’appui américain : munitions, intercepteurs, couverture diplomatique. Le possible retour de la Turquie dans le programme F-35 rappelle une réalité inconfortable. L’avantage militaire israélien dépend, en dernière instance, d’une décision américaine.
Les responsables israéliens craignent que Washington ne replace au centre du jeu régional un pays devenu, à ses yeux, un rival stratégique. Ankara dispose de la deuxième armée de l’Otan. Il pèse en Syrie, en mer Noire et dans le Caucase. « Pour Israël, le problème n’est pas seulement que la Turquie dispose un jour du F-35. Le problème est ce que cette décision signifierait politiquement : le retour d’Ankara au cœur de l’architecture stratégique américaine au Moyen-Orient », analyse Gallia Lindenstrauss, spécialiste de la Turquie à l’Institute for National Security Studies.
La relation entre Israël et la Turquie s’est brutalement dégradée depuis le 7 Octobre. Ankara est l’un des parrains politiques du Hamas, dont une partie du directoire a longtemps opéré depuis son territoire. Il accuse Israël de génocide à Gaza, a officiellement suspendu son commerce direct avec l’État hébreu. Son ministre des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a récemment accusé Israël d’être devenu « un fardeau insupportable que l’humanité ne peut plus porter ».
La Turquie entend peser sur le futur de l’enclave, malgré l’opposition systématique d’Israël. En Syrie, Ankara soutient le nouveau pouvoir et entend limiter la liberté d’action militaire israélienne, alors que l’armée israélienne occupe une petite partie du pays à sa frontière. En Méditerranée orientale, l’État hébreu resserre ses liens avec la Grèce et Chypre.
Cette recomposition inquiète Ankara. En janvier, Israël, la Grèce et Chypre ont signé de nouveaux plans de coopération militaire, prévoyant exercices conjoints, formations et dialogue stratégique. Selon Deutsche Welle, la Turquie s’inquiète des achats croissants de systèmes israéliens par Athènes et Nicosie, notamment à Chypre. Pour Israël, le paradoxe est évident : il arme et rapproche les rivaux méditerranéens d’Ankara, tout en demandant à Washington de ne pas renforcer la Turquie à son tour.
Cette rivalité n’annonce pas pour autant une confrontation militaire directe. « La Turquie d’Erdogan représente sans aucun doute un défi stratégique pour Israël. Elle manifeste de l’hostilité envers Israël, mais elle n’est pas un ennemi agissant selon un plan de destruction d’Israël comme l’Iran, le Hezbollah ou le Hamas », estime Michael Milshtein, chercheur au centre Moshe-Dayan de l’université de Tel-Aviv. Le risque est moins une guerre ouverte qu’une érosion progressive de la liberté d’action israélienne par un rival assez proche de Washington pour être difficile à contenir. C’est précisément ce que Netanyahou tente d’empêcher. Selon le site Axios, il a demandé vendredi à Donald Trump de contenir Erdogan et de ne pas approuver de systèmes permettant à la Turquie de moderniser son armée de l’air.
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