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Courrier International, le 10/04/2024
Le quotidien turc “Arti Gerçek” a recueilli le témoignage d’un passeur spécialisé dans le transport clandestin de migrants économiques et de réfugiés politiques turcs vers la France et l’Allemagne à travers les Balkans.

Des réfugiés venant de Turquie bloqués à la frontière avec la Grèce, le 2 mars 2020, près du village de Kastanies, dans le nord-est de la Grèce. PHOTO Sakis MITROLIDIS/AFP
“Moi je ne transporte que des Turcs. Certaines semaines, je prends en charge jusqu’à deux ou trois groupes que j’emmène à Edirne [ville du nord-ouest de la Turquie, près de la frontière avec la Grèce] et je les envoie traverser de l’autre côté. Je viens en aide à mes concitoyens. Une semaine normale, je fais traverser 30 personnes par cette route. Mais il y a aussi une autre route, qui passe par Belgrade [en Serbie]. Dès qu’on termine l’interview, je dois m’occuper d’un groupe qui veut passer par là”, commence-t-il.
Nous l’appellerons Tamer. C’est un passeur âgé de 50 ans que nous rencontrons dans le quartier de Gazi [un quartier pauvre et criminogène de la rive européenne d’Istanbul, bastion de groupes d’extrême gauche kurdes et turcs qui s’y affrontent régulièrement]. Pour des raisons de sécurité, son témoignage est anonyme, il ne veut publier ni son nom ni sa photo.
Quitter à tout prix la Turquie d’Erdogan
Au moment des élections du printemps 2023 [remportées par le président Recep Tayyip Erdogan, au pouvoir depuis 2002], nous, les journalistes, entendions beaucoup sur le terrain des gens répéter la même antienne : “S’ils gagnent encore les élections, je quitterai le pays.”
Si l’on en croit Tamer, beaucoup ont mis leur plan à exécution : “Les habitants de ce pays le quittent en masse, c’est une réalité. Les jeunes, les gens poursuivis pour des raisons politiques, ceux qui ont une interdiction judiciaire de quitter le territoire, ceux qui ont été condamnés à de la prison, ils prennent la route. Si vous pouvez payer cash, vous pouvez même partir dans la journée. Si vous voulez, on vous fait un passeport vert [délivré aux fonctionnaires, ce passeport permet d’être dispensé de visa pour entrer dans l’Union européenne], ou on vous trouve une place sur un bateau. On vous explique les risques, le choix vous appartient”, explique le passeur.
En 2023, le nombre de personnes diplômées et qualifiées qui ont quitté le pays a encore augmenté en raison de l’instabilité économique et politique. On voit fleurir sur les réseaux sociaux des posts du type “Comment émigrer en Allemagne” ou “Ma nouvelle vie au Canada”.
La filière des Turcs, et celle des autres
L’immigration légale vers l’Europe augmente, mais l’immigration illégale aussi. En conséquence, le nombre de refus de délivrance de visas pour l’Europe aux citoyens turcs ne cesse d’augmenter, en particulier en Allemagne. Mais cela ne suffit pas à stopper les Turcs dans leur rêve d’une vie nouvelle.
Que ce soit dans des embarcations de fortune au péril de leur vie ou dans des marches clandestines de plusieurs jours, ils prennent la route de l’Europe. Au point que certains passeurs [d’ordinaire habitués à traiter avec des migrants syriens, afghans, iraniens ou pakistanais], comme Tamer, se sont désormais spécialisés dans la “clientèle” turque.
Le téléphone du trafiquant ne cesse de sonner. Au bout du fil se trouvent les familles de ses “clients”, inquiètes de savoir si leurs proches ont pu effectuer leur passage. “C’est plus facile de transporter des étrangers, se plaint le trafiquant. Si on se fait attraper avec des Turcs, opposants ou délinquants recherchés, on risque une peine supplémentaire pour complicité pour avoir tenté de les aider à échapper à la justice.”
Et de poursuivre : “Les passeurs qui transportent des Turcs et ceux qui transportent des Afghans ou des Syriens ne travaillent pas ensemble. Ce sont deux filières distinctes. De toute façon, les Turcs refusent d’embarquer dans les mêmes bateaux que des Syriens ou des Afghans.”
Les risques de la route grecque
Tamer propose deux routes différentes. L’une passe par Edirne, pour un prix variant entre 5 000 et 7 500 euros. Les réfugiés peuvent passer en toute sécurité la frontière avec la Grèce. La plupart se rendent alors auprès des autorités grecques, qui les transfèrent dans un camp de réfugiés, où ils sont pris en charge par un avocat spécialisé qui doit obtenir leur libération et l’asile politique, leur permettant ensuite de partir pour la France ou l’Allemagne.
Mais cette option peut durer longtemps et les conditions de vie dans les camps sont très difficiles prévient-il. Surtout, la Grèce est connue pour pratiquer le “push back”, l’expulsion de force de certains migrants et réfugiés [ce que la Turquie pratique également de façon encore plus violente à ses frontières syriennes et iraniennes].
D’après Tamer, ces expulsions illégales sont conduites non seulement par des forces de sécurité grecques, mais aussi par des groupes de bandits rémunérés par les autorités. “Il n’y a pas que la Turquie qui fait des choses inhumaines. On ne parle pas assez de la Grèce. Ils payent des locaux et même des repris de justice afghans pour patrouiller à la frontière”, raconte le trafiquant.
“S’ils vous attrapent, avant de vous renvoyer à l’eau, ils prennent tout ce que vous avez : votre téléphone, votre argent, même vos vêtements parfois. Il n’y a pas longtemps, j’ai eu un client, un major de l’armée [poursuivis pour leur appartenance réelle ou supposée à la confrérie de l’imam Gülen, ancien allié d’Erdogan, accusé d’être responsable de la tentative de coup d’État de juin 2016, de nombreux membres des forces de sécurité quittent le pays]. Ces bandits l’ont attrapé, lui et sa femme. Ils l’ont renvoyé en Turquie tout nu, il a dû emprunter les sous-vêtements de sa femme.”
Vingt jours de marche vers la France
La deuxième route, elle, passe par Belgrade, en avion. Ceux qui le souhaitent peuvent obtenir un passeport vert pour le voyage, pour le prix de 5 000 euros, mais le risque d’être démasqué à l’aéroport demeure. Ceux qui ne font pas l’objet d’une interdiction de quitter le territoire peuvent, eux, se rendre sans visa à Belgrade, la capitale de la Serbie. “Un groupe de 15 personnes vient d’ailleurs d’atterrir, ils attendent l’arrivée des passeurs en ce moment”, nous informe Tamer, un œil sur son téléphone.
“À leur arrivée dans la ville, ils détruisent leur passeport et ils attendent à la frontière des nouvelles de notre équipe sur place. Une fois que les conditions sont réunies, on vient les chercher pour partir, à pied pour la France. Je l’ai déjà fait, c’est très facile, comme une ballade pour aller à Elazig [une ville de l’est de la Turquie]. Le prix oscille entre 7 000 et 8 000 euros. Pour aller jusqu’en Angleterre, c’est plus cher, autour de 9 000 livres [10 500 euros]”, détaille-t-il. 1 782 kilomètres séparent Paris et Belgrade, 18 heures en voiture et entre 20 jours et 1 mois à pied, explique le trafiquant.
Comme l’Angleterre est une destination de plus en plus demandée, Tamer commence à s’y intéresser également. En prenant contact avec des entreprises douteuses sur place, qui cherchent des employés peu rémunérés dans le secteur des services, il obtient d’elles des promesses d’embauche qui lui permettent ensuite de décrocher un visa. Ceux qui obtiennent ainsi un visa de travail peuvent faire légalement leur entrée dans le pays. “Je ne fais qu’aider des gens qui veulent une nouvelle vie. En général, ce sont des familles. Une fois sur place, ils peuvent gagner jusqu’à 2 000 livres [2 300 euros] par mois”, se justifie Tamer.
Selon lui, presque toutes les tentatives d’exil se soldent par des réussites mais la réalité est bien différente. La chance ne sourit pas toujours à ceux qui se lancent sur ces routes dangereuses, laissant leur pays et leurs proches derrière eux, et ils sont nombreux à embarquer contraints et forcés sur des canots de fortune ou à rester prisonnier des camps de réfugiés en Grèce.
Özlem Temena
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