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Le Monde, le 13/02/2023
Par Annick Cojean(Antakya (Turquie), envoyée spéciale)
A Antakya, la rage et le désespoir animent les familles à la recherche de leurs proches dans les ruines
Ce chaos ! Ce désastre ! Et cette colère qui monte, ronge et ajoute de la haine à l’infinie tristesse. Antakya la belle n’est plus que poussière et cendres, détritus et puanteur, douleur, rancœur. « On ne peut rien contre la nature, dit Cemal, un professeur de biologie arrivé d’Ankara au lendemain du séisme pour chercher son fils dans les gravats de ce qu’il croyait être l’immeuble le plus luxueux et le plus sûr de la ville. La terre a ses humeurs, ses mouvements, ça nous échappe et c’est normal. En revanche, on peut s’en protéger par des lois adéquates, strictement appliquées. Notre gouvernement, hélas, fait passer l’électoralisme et la rapine avant l’intégrité. Je le tiens pour responsable de cette calamité. »
Il se tient droit face aux ruines de la résidence, une barre horizontale de douze étages, deux cent cinquante logements, près de mille habitants. Un immeuble de luxe, construit il y a tout juste dix ans, avec hall de réception, parking privé, piscine, jardin d’enfants, et un nom flamboyant : Rönesans (Renaissance). « Un coin de paradis », vantait la publicité, en insistant sur ses performances antisismiques. « Quelle escroquerie ! », lâche le professeur. « Nos chercheurs, ingénieurs, sismographes ont tiré des enseignements des tremblements de terre passés. On a créé de nouvelles normes de construction, elles ont été bafouées. On a voté des lois pour condamner les constructeurs véreux, on les a amnistiés. Eh bien voilà le résultat ! »
Il parle fort. Et cela paraît un soulagement à tous ceux qui l’entourent, qui n’osent s’exprimer, et ravalent leur colère. Enfin la vérité ! Ils auraient tant besoin d’un porte-parole, eux qui ont perdu parents, enfants, frères, sœurs, amis, dans cet immeuble brisé. Comme Cemal, le professeur, ils ont passé les cinq ou six nuits précédentes dans leur voiture, ou sous les oliviers d’un petit jardin proche, par zéro degré, sans eau, sans électricité, sans sanitaires. Et, comme lui, ils ne pourront se résoudre à partir tant qu’ils n’auront pas reçu de nouvelles de leurs proches.
« Où sont-ils ? »
Près de cent cinquante personnes ont réchappé des ruines, une cinquantaine de corps ont été retrouvés, quid des huit cents autres ? « Où sont-ils ?, demande Aysil, une jeune femme accourue pour rechercher sa sœur, son beau-frère, leur bébé.Pourquoi cette négligence ou ces mystères ? Pourquoi ce retard et ce manque d’efficacité dans les recherches ? Toutes les équipes internationales devraient être mobilisées sur cet immense chantier. Mais non. Alors que huit cents personnes ont disparu, les secours turcs gardent la mainmise, et leur façon d’organiser les fouilles est incompréhensible. Quel mépris pour nous tous ! »
Une liste des survivants a été affichée sur la station-service proche et les vitres des voitures. Rien de plus. Pas de point d’information, pas d’interlocuteur. « Ma tête explose de questions, dit une femme arrivée d’Izmir en espérant retrouver sa sœur, sa mère et sa jeune nièce. D’une secousse, nos proches ont été rayés de la surface de la terre.Et c’est comme s’il fallait accepter ce fait, sans les revoir et sans explication. C’est à devenir fou ! »
Atta met la main sur son épaule. « Je te comprends, ma sœur. Ce n’est pas toi, c’est ce pays qui est fou ! » Coach sportif dans son propre gymnase désormais détruit, il recherche son frère depuis les premières heures du 6 février. Ce matin-là , dans un paysage apocalyptique, parmi les cris et les appels au secours, il a escaladé les gravats de Rönesans en essayant de localiser l’appartement familial. Il a été attiré par un mort, allongé les bras en croix, l’a pris en photo, il ne sait pas pourquoi. Quelques jours plus tard, dans la confusion générale, il a croisé un jeune dentiste qui cherchait désespérément son père et tenait à la main sa photo de mariage. Atta s’est approché. Ce marié si souriant trente ans plus tôt, c’était son mort. « J’ai vu ton père », a-t-il dit au jeune homme. Et il lui a tendu son téléphone. L’histoire, lorsqu’il la raconte, glace le petit groupe. Se pourrait-il que les corps disparaissent sans que les familles soient informées ? La plupart d’entre eux ne sont arrivés qu’au deuxième jour. Que s’est-il passé avant qu’ils n’accourent ? Attendent-ils en vain ? Des centaines de corps ont été entreposées sur un parking avant qu’on ne creuse de vastes tombes. Qui croire dans ce pays ? Quelle autorité est digne de confiance ? Ils oscillent la tête, ils ont tant à dire.
Un mouvement s’esquisse au loin, sur le chantier. Entre pelleteuses et bulldozers, des secouristes avancent, tenant à bout de bras un sac épais de plastique noir. « On a retrouvé un corps ! », crie Atta en bondissant. Toutes les familles se lèvent, sauf quelques vieilles personnes, pétrifiées sur leur siège en plastique. Au passage des hommes casqués, Atta a le temps de crier : « C’est un homme ou une femme ? » « Une fille de 15 ans », répond une voix.
Atta rebrousse chemin. Mais d’autres parents suivent le convoi qui dépose le corps dans un espace étroit gardé par des militaires. « C’est peut-être ma fille !, supplie une femme. Laissez-moi voir le corps ! » Deux militaires filtrent le passage. La femme brandit un téléphone. Une photo d’ado en surgit, les yeux verts et les dents du bonheur. OK, dit le soldat revêtu d’une blouse bleue. Un homme insiste aussi pour s’approcher et tend l’image d’une jolie jeune femme au regard espiègle. Non, fait le gardien d’un mouvement de tête. Le père n’insiste pas. Il a déjà examiné, nous dira-t-il plus tard, une trentaine de visages. En vain. Et tandis qu’il s’éloigne, un cri déchirant retentit suivi de longs sanglots. La jeune fille dans le sac est bien l’adolescente de la première photo.
Affaissement en un éclair
Atta, à nouveau, surveille le chantier. Comme le professeur, comme Aysil, comme la dame d’Izmir. Comme tous les autres, poussiéreux, frigorifiés – un policier au Royaume-Uni né à Antakya, un jeune banquier établi en Autriche, un paysan, une psychologue, un commerçant, un boulanger – qui exigent de comprendre, qui ne veulent rien rater. Qu’est-il arrivé au Rönesans ? Que s’est-il passé pour que cet immeuble moderne s’affaisse en un éclair avant de se briser au niveau du troisième étage, de s’incliner vers l’avant et s’écraser en moins de deux minutes ?
« Le terrain était humide, dit un homme. Jamais un permis de construire n’aurait dû être donné sur une terre aussi meuble.
– Les matériaux étaient de mauvaise qualité, dit un autre. Ça pue la corruption !
– Le prix d’un appartement était le triple de celui des immeubles alentour qui, eux, ont tenu le coup ! »
A quand l’enquête ? Les familles ne méritent-elles pas un point d’information par un procureur, un urbaniste, un gouverneur, un architecte ? Ou bien faut-il rappeler que dans cet édifice vivaient plusieurs stars de foot, de volley, de basket et de hand ? L’arrestation du promoteur ne suscite aucune joie. Juste un sentiment de justice élémentaire.
« Qu’il paye le prix fort, dit Atta.
– La peine capitale !, exige un militaire.
– Je ne pourrais plus vivre si je le savais libre, assure le père rencontré à l’entrée.
– Tout le système l’encourageait à tricher, dit la femme d’Izmir. C’est Erdogan qui doit payer ! »
La terre tremble à nouveau et la tension s’accroît à Antakya. La moitié de la population a fui, les vols et les pillages sont légion, les militaires sillonnent désormais la ville. Un nouveau cimetière se prépare, les camps de réfugiés s’étendent. Dans la nuit noire, les grincements des immeubles debout glacent le sang.
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