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Le Monde, 16/07/2022
Soupçons de détournements de procédures d’achats, de conflits d’intérêts… Une quinzaine d’anciens salariés de la branche turque de l’ONG pointent des méthodes de gestion problématiques. Un rapport d’audit a déjà tiré la sonnette d’alarme. MDM France nie toute dérive.
Par Service international

Assise sur le canapé d’un confortable appartement du centre d’Istanbul, Idil prend une profonde inspiration avant d’entamer son récit. Ancienne salariée de la branche turque de l’ONG Médecins du monde (MDM), elle a mis du temps à digérer les quelques mois passés au sein de cette organisation humanitaire, engagée dans l’aide aux 3,7 millions de réfugiés syriens installés en Turquie.
« J’ai été témoin de problèmes dans le suivi des procédures dès mon arrivée, se souvient-elle. J’ai tenté de le signaler, mais ma supérieure hiérarchique couvrait ces pratiques. » Pendant deux heures, l’ex-employée, qui demande à garder l’anonymat comme l’ensemble des anciens salariés rencontrés dans le cadre de cette enquête, égrène des histoires de conflits d’intérêts et de favoritisme. Après quatre mois très éprouvants, elle a donné sa démission, écœurée par l’ambiance délétère de la structure. Et en octobre 2020, elle a lancé une procédure d’alerte auprès de MDM France, la maison mère.
« Je crains que cela ne donne lieu à un énorme scandale si MDM ne prend aucune mesure car beaucoup de personnes internes ou externes à MDM Turquie, surtout dans le sud-est du pays, connaissent ces pratiques et parlent de détournements de fonds, écrit-elle dans son mail adressé au siège parisien. Cela pourrait remonter jusqu’aux bailleurs. » Une semaine plus tard, Idil reçoit un courriel de la directrice des ressources humaines de MDM France : « Merci. Nous allons vous contacter. N’hésitez pas à nous indiquer le nom d’autres personnes susceptibles de témoigner. » Ce sera la seule réponse à son message. Le QG parisien, qui a renvoyé le traitement de l’alerte à un audit ultérieur, n’a jamais rappelé Idil.
Comme elle, dix-sept anciens salariés de MDM Turquie (Dünya Doktorlari Dernegi, DDD en turc) se sont confiés au Monde, sous le couvert d’un pseudonyme. Ils ont occupé des postes en finance, en logistique, en ressources humaines ou en coordination de programmes sur différentes périodes. Leurs témoignages, parfaitement convergents, et les documents qu’ils ont transmis au Monde dépeignent une ONG en roue libre, en proie à de graves dysfonctionnements et à de possibles malversations. Quatre autres personnes ont décliné une demande d’entretien par crainte de représailles.
« Organisation à haut risque »
MDM Turquie développe des cliniques mobiles et des projets en santé mentale à destination des réfugiés et soutient des partenaires locaux dans le nord-ouest de la Syrie, où elle assure notamment 16 000 consultations médicales par mois à Idlib et 8 000 à Afrin. Ces programmes sont financés par l’UE, d’autres branches de MDM et les gouvernements suisse et français. En 2020, l’ensemble des projets pilotés par MDM Turquie représentaient un budget de 15 millions d’euros et employaient près de 400 salariés.
En février 2020, un rapport d’audit organisationnel interne avait tiré la sonnette d’alarme. L’expertise pointait les risques liés au « nombre et volume de transactions en cash », soulignait la nécessité de « renforcer les politiques d’achat » et épinglait des « conflits d’intérêts » et « une absence de séparation des pouvoirs » à des postes-clés. « L’organisation est à haut risque », concluait le document.
Fin 2020, MDM France a envoyé un logisticien à Istanbul, sur demande insistante de MDM Turquie, pour mettre en conformité a posteriori des dossiers d’achat mal ficelés. « Il n’a pas constaté d’anomalies majeures mais quelques écarts classiques », assure MDM France au Monde. Dans un courriel alarmiste adressé à ses collègues en novembre 2020, le logisticien précisait pourtant que 90 % des dossiers étaient lacunaires et qu’ils représentaient un montant de près de 4,5 millions d’euros qui pourraient poser problème à l’ONG en cas d’audit financier.
Au centre de l’échiquier se trouve l’actuel président de MDM Turquie, le Belgo-Turc Hakan Bilgin. L’homme a vécu en Belgique et a fait carrière dans l’humanitaire, notamment au sein de MDM France. Proche de Joël Weiler, directeur général de Médecins du monde, il a été nommé président de la branche turque à sa création en 2018. Hakan Bilgin est décrit par ses employés comme un homme chaleureux tant qu’ils ne remettent pas en question sa gestion. S’il ne passe que peu de temps dans les bureaux de l’ONG, il suit de près les procédures d’achat et de recrutements.
« Une initiative de fabrication de savons d’Alep »
A l’été 2020, en pleine pandémie de Covid-19, MDM Turquie demande à Sophie, la coordinatrice, de faire valider une dérogation portant sur l’achat de purificateurs d’air de la marque Novaerus, facturés 350 000 euros. « L’équipe médicale n’a cessé de dire que cela n’avait aucun sens d’acheter cela », précise François, un ancien salarié. Or, le distributeur en Turquie de Novaerus est l’entreprise OTEP Konsulting, dirigée par une femme d’affaires espagnole, Letizia Buzon, qui se trouve être l’épouse d’Hakan Bilgin.
« La mise en concurrence n’a pu proposer que des produits ne correspondant pas ou partiellement au cahier des charges », se défend Hakan Bilgin. MDM Turquie et MDM France assurent avoir signalé le conflit d’intérêts, comme le veut le règlement. « La déclaration n’a été faite qu’a posteriori, quand un salarié s’est rendu compte du conflit d’intérêts et a prévenu la direction », nuance Sophie.
Amélie, une ancienne de l’ONG, a été confrontée à une situation du même genre. « Un jour, Hakan Bilgin est venu me voir pour me dire qu’il serait bon de soutenir une initiative de fabrication de savon d’Alep lancée par des femmes syriennes. J’ai ensuite compris, par l’intermédiaire de collègues, qu’il s’agissait de l’entreprise de sa femme », se souvient l’humanitaire, encore interloquée. OTEP Konsulting commercialise effectivement des savons d’Alep. Hakan Bilgin explique que cette entreprise de savon « n’a jamais été intégrée aux projets de MDM Turquie », mais qu’elle a effectué deux donations à l’ONG après des tremblements de terre à Izmir et à Elazig en 2020.
« Manipulation de factures »
Les témoignages collectés par Le Monde font apparaître une série d’autres pratiques problématiques. Du temps où elle travaillait à MDM Turquie, Myriam a par exemple constaté que l’organisation, par l’intermédiaire de « son unique fournisseur, achetait les médicaments 40 % plus chers que n’importe quelle autre ONG syrienne ou turque sans qu’aucun appel d’offres n’ait été lancé publiquement ».
Dans un e-mail envoyé à tous les bailleurs, François, un ancien salarié, affirme avoir été témoin « de manipulations de factures de la part du fournisseur, d’augmentation soudaine des prix et de retards systématiques d’un à deux mois dans la livraison des médicaments bien qu’il soit rémunéré à l’avance à hauteur de 95 % ». Comme celle d’Idil, son alerte est restée lettre morte.
Bien qu’on ne l’admette qu’à demi-mot parmi les humanitaires, il arrive de prendre quelques libertés avec les règles pour s’adapter aux réalités du terrain. En raison des restrictions imposées par la Turquie sur l’achat de médicaments, l’ONG a pu contourner certaines procédures d’appels d’offres. Le rapport d’audit déjà cité, qui dénombre 45 dérogations pour l’année 2019, recommande à l’organisation d’améliorer « le processus d’appels d’offres, les critères de sélection des fournisseurs, les indicateurs de performance passée des fournisseurs, etc. »
L’ONG nie toute ingérence
Contactés par Le Monde, MDM France et sa branche turque ont nié toute dérive. Hakan Bilgin dément toute ingérence dans les procédures d’achat et de recrutements. Il assure qu’elles sont « basées sur les meilleures pratiques et validées » par les bailleurs de fonds. Selon Joël Weiler, le directeur général de la maison mère, MDM Turquie a fait l’objet, depuis sa création en 2018, de trois audits financiers externes, qui n’auraient rien trouvé à redire à la gestion de l’ONG. « L’usage que le partenaire a fait des fonds de l’accord de subvention a été jugé adéquat à pratiquement tous égards », affirme l’un de ces documents, selon MDM France. L’ONG a refusé de transmettre au Monde les deux premiers rapports. Le troisième n’a pas encore été finalisé, mais, « durant la réunion de clôture de la mission », l’auditeur « n’avait pas soulevé de points majeurs », explique Joël Weiler.
Deux années se sont écoulées depuis le bouclage de l’audit organisationnel qui s’alarmait d’une « organisation à haut risque ». Mais les recommandations qu’il formulait n’ont eu aucune suite. M. Weiler l’explique par la « mobilisation des équipes pour affronter la crise du Covid » et par le lancement, en 2021, du troisième audit financier. « Il a été décidé d’attendre la fin de cet audit bailleur pour lancer un audit plus complet, mais l’auditeur externe a pris du retard », affirme le directeur général. En février, MDM France a décidé de ne plus attendre et de préparer l’audit de MDM Turquie. Les termes de référence sont en cours de rédaction. L’audit, promet l’ONG, sera lancé « prochainement ».
En arrière-plan de ce dossier, il y a une crise humanitaire aux enjeux éminemment politiques. Entre 2011 et 2016, 2,5 millions de Syriens sont entrés sur le sol turc pour échapper aux bombardements du régime Assad, qui cherchait alors à écraser l’insurrection militaire le menaçant. Parmi ces réfugiés, des dizaines de milliers ont poursuivi leur route et pénétré clandestinement sur le territoire de l’Union européenne, via la Grèce, au prix de périlleuses traversées de la mer Egée.
Pour juguler cet afflux incontrôlé, Bruxelles a signé en mars 2016 un accord avec Ankara. La Turquie s’est engagée à retenir les Syriens sur son sol et, en échange, les Vingt-Sept ont accepté de financer leurs besoins humanitaires. Une troisième tranche d’aide, d’un montant de 3 milliards d’euros, a été débloquée à ce titre, en juin 2021, par la Commission européenne. Des dizaines d’ONG sont en concurrence pour récupérer une part de ce budget.
Jusqu’à présent, l’industrie de l’aide aux réfugiés syriens, implantée dans le sud de la Turquie, a été relativement épargnée par les scandales de corruption. L’une des rares affaires à avoir éclaté au grand jour est celle qui a éclaboussé en 2016 l’ONG américaine International Rescue Committee (IRC). Epinglée pour le réseau de fausses factures mis en place par plusieurs de ses employés locaux, l’organisation avait dû rembourser 6,9 millions de dollars à l’USAID, l’agence de coopération internationale des Etats-Unis.
« Je n’excuse pas MDM Turquie, évidemment, dit Amélie, mais je dois dire que beaucoup d’ONG sont médiocres en Turquie. Il y a beaucoup d’intérêts politiques en jeu dans les opérations humanitaires, elles travaillent dans des conditions difficiles. Il s’agit en réalité d’un problème systémique. »
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