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Le Figaro, le 14/05/2021
Par Delphine Minoui
REPORTAGE
Le pays, qui connaît l’un des plus forts taux de violence conjugale dans le monde, vit au rythme des manifestations et campagnes de sensibilisation menées par une nouvelle génération d’activistes qui brisent tous les tabous.
Açelya Sengül n’aurait jamais imaginé se retrouver là, attablée à une terrasse de café du quartier bohème de Moda, sur la rive asiatique d’Istanbul, pour parler à la première personne de la spirale endémique des féminicides. «À la maison, maman nous a toujours sensibilisés aux inégalités entre les sexes. Petite, je la suivais dans les manifestations pour défendre la cause des femmes», raconte la jeune Stambouliote de 27 ans.
Et c’est elle, fille unique d’une famille de trois enfants, qui se retrouve aujourd’hui à reprendre le flambeau de sa mère, Fatma Sengül, abattue en pleine rue par un collègue de travail. Nous sommes le 30 mars 2021, deux ans exactement après ce drame inattendu qui a dévasté sa vie.
Triste anniversaire: dix jours plus tôt, le 20 mars 2021, le président Erdogan a claqué la porte de la Convention d’Istanbul, un traité international qui vise à endiguer le fléau – et qu’il avait été le premier à signer en 2011. «Au lieu de nous protéger, l’État donne un “permis de tuer” aux hommes. Quelle régression!», martèle la jolie brune, en soufflant sur son thé.
Le combat d’une vie
De ce matin de printemps où tout a basculé, Açelya a tout retenu. La douceur du baiser maternel. Le bruit de ses talons dans l’escalier. Les deux coups de feu remontant de la rue – puis deux autres. Les voisins qui lui hurlent de descendre. Le corps de sa génitrice gisant sur le trottoir. «Elle est morte dans mes bras. J’ai cueilli son dernier souffle», bafouille-t-elle en caressant un pendentif affichant un portrait noir et blanc d’elle et sa mère.
Le drame l’a transformée: elle a quitté l’appartement familial, tiré un trait sur sa carrière d’enseignante et se consacre désormais «à 100 % à une seule mission: rendre justice à celle qui m’a donné la vie!».
Je ne ferai mon deuil que lorsque l’assassin de ma mère se retrouvera en prison à vie.
Açelya Sengül, à propos de sa mère Fatma Sengül, assassinée.
Le procès, toujours en cours, est un cauchemar. L’assassin, un père de deux enfants, employé dans la même compagnie que sa mère, soutient sans scrupule que Fatma l’a insulté, qu’il ne voulait pas la tuer, que la balle «est partie trop vite car il a des problèmes de tension». «Sauf qu’il a été retrouvé avec 11 balles dans la poche. On ne peut pas faire crime plus prémédité!», peste Açelya, mèches brunes éparpillées sur une veste en jean délavé.
À sa grande surprise, il n’écope en première instance que de 18 ans derrière les barreaux. Elle fait immédiatement appel. «En février, sa peine a finalement été allongée à 25 ans. C’est encore insuffisant. Surtout quand, au même moment, Nevin Yildirim, une femme qui tua son agresseur dans un réflexe d’autodéfense, a été condamnée à la perpétuité! Je ne ferai mon deuil que lorsque l’assassin de ma mère se retrouvera en prison à vie.»
Açelya s’interrompt, puis balaie son regard épuisé sur la table d’à côté: deux jeunes filles voilées y sirotent un cappuccino sous l’œil d’une statuette aux seins nus – criante parabole d’une Turquie tiraillée entre tradition et modernité. Elle sait son pays menacé par un mauvais vent d’islamo-nationalisme, dont le retrait de la Convention d’Istanbul est l’absurde reflet.
Pourtant, elle ne lâche rien, à la fois écorchée et battante: quand elle n’est pas sur les plateaux télé pour dénoncer cette décision rétrograde, elle milite sans répit pour que la rue où sa mère ne s’est jamais relevée soit rebaptisée avec ses initiales. L’obstination est payante: à Mardin, dans le Sud, et à Istanbul, une bibliothèque et un parc portent respectivement le nom de Fatma Sengül. «Pour honorer sa mémoire. Et pour que la peur change de camp!», insiste-t-elle.
474 féminicides en 2019
En Turquie, une moyenne de deux femmes sont quotidiennement victimes de féminicides. Des chiffres en constante augmentation depuis dix ans, avec 474 cas comptabilisés en 2019 contre 121 en 2011 (et vraisemblablement bien plus en 2020, pendant le confinement lié à la Covid). «Avant, on entendait surtout parler de crimes d’honneur au sein d’une famille. Aujourd’hui, la plupart des femmes tuées par balle, poignardées, étranglées ou battues à mort le sont par jalousie ou pour avoir tout simplement exprimé un désir de vie moderne», observe l’avocate Ipek Bozkurt, dans son bureau rempli de ballons multicolores – cadeau d’une amie solidaire lors de la journée des femmes du 8 mars.
À cette inquiétante évolution s’ajoutent une «banalisation» et une «professionnalisation» de ces actes moyenâgeux: «Sur Google, des expressions comme “Je risque combien si je tue ma femme?” font partie des recherches les plus fréquentes. C’est terrible à dire mais les hommes sont devenus des pros quand il s’agit de faire disparaître les empreintes digitales et masquer leur crime.»
Les manifestations se multiplient pour dénoncer la politique rétrograde du président Erdogan à l’égard des femmes. Marie Tihon
En 2020, l’assassinat de Pinar Gültekin, une étudiante de Mugla, au bord de la mer Égée, défraya la chronique après que son ex-conjoint et meurtrier fit couler le corps de sa victime dans du béton pour ne laisser aucune trace.
Voilà sept ans, déjà, qu’Ipek a quitté le confort d’un cabinet d’avocats d’affaires pour se consacrer à la défense de telles victimes. Membre de la plate-forme «Halte aux féminicides», elle sillonne le pays de procès en procès et passe des nuits blanches à décortiquer les dossiers, collectionner les indices et conseiller les familles endeuillées.
La Turquie est ce pays où il est arrivé qu’un homme se vante en pleine émission télévisée d’avoir tué une femme.
Ipek Bozkurt, avocate.
Parfois, elle tombe la robe d’avocate pour intervenir en direct dans les universités, les usines et auprès des muhtars, ou maires de quartier. À chaque campagne de sensibilisation, elle écoule ses stocks de petites cartes frappées d’un numéro d’urgence à contacter en cas de détresse.
Le travail est titanesque tant le mal est ancré dans la société. «La Turquie est ce pays où il est arrivé qu’un homme se vante en pleine émission télévisée d’avoir tué une femme. Où l’on incrimine souvent la victime en jugeant sa tenue trop courte ou son visage trop maquillé. Où les policiers refusent d’entrer par effraction chez une femme en danger alors qu’ils le font sans remords pour arrêter un dissident!», s’insurge-t-elle, dans un anglais parfait.
Un système patriarcal
Pour Ipek, la faute en revient à la violence qui s’est institutionnalisée ces dernières années. «Les attentats, la reprise du conflit avec le PKK dans le Sud-Est, la chasse aux sorcières qui a suivi le putsch raté de 2016, la répression contre les journalistes et les opposants, mais aussi la militarisation de la politique étrangère turque et toutes ces guerres dans lesquelles le pays est aujourd’hui impliqué… Cette escalade de la violence a un impact évident sur la société», dit la juriste.
Le tout dans un système patriarcal où les hommes sont facilement disculpés. «Il suffit qu’ils prétendent avoir trop bu au moment des faits ou qu’ils débarquent au tribunal en costume-cravate pour qu’ils bénéficient d’une remise de peine!», s’indigne-t-elle. Avec ses copines féministes, elles ont même inventé une expression: la «Kravat indirim» (la réduction cravate, NDLR). Sans compter le culot qu’ont certains de vouloir «déguiser leur crime en suicide».
Filiz Demiral en a fait l’âpre expérience. Le 20 août 2020, sa vie bascule lorsqu’elle apprend l’assassinat, à Izmir, de Ceyda Yüksel, sa fille de 21 ans. «Elle avait rendez-vous avec un jeune homme, rencontré sur une page Facebook de «Couch surfing», raconte-t-elle. L’étudiante n’avait pas senti le guet-apens: le soir-même, son hôte, Serkan Dindar, 38 ans, la viole puis la tue. La police, qui tarde à arriver sur les lieux malgré les appels insistants des voisins alertés par les cris, retrouve son corps criblé d’éclats de verre.
Pour Erdogan, c’est une manœuvre politique pour satisfaire son électorat conservateur. Pour les femmes, c’est une question de vie ou de mort !
Filiz Demiral, mère de Ceyda Yüksel (21 ans) assassinée par Serkan Dindar (38 ans), à propos du départ de la Turquie de la Convention d’Istanbul.
Lors de son procès, le meurtrier, placé en détention préventive, affirme qu’elle a mis fin à ses jours. «Or, tout prouve le contraire: les traces de sperme retrouvées à l’autopsie, l’ADN sous les ongles de la victime, les entaillures au niveau du cou et des aisselles», chevrote la mère endeuillée, en nous recevant dans son petit appartement.
À l’exception du lit, qu’elle a remplacé par un canapé, la chambre de Ceyda n’a pas bougé. Tout y est: tableaux, bijoux fantaisie, vases remplis de coquillages qu’elle collectionnait. Sur l’étagère remplie de livres, «son passe-temps favori avec les animaux», les albums photos racontent l’histoire d’une fille souriante, bien dans ses baskets, qui adorait voyager. «Sa peluche fétiche ne la quittait jamais», poursuit Filiz, en pressant contre sa poitrine un nounours jaune maculé de sang. La veille, elle l’a rapporté d’Izmir, où elle a enfin pu assister à la reconstitution du crime.
Coïncidence malheureuse: elle venait d’arriver dans cette cité portuaire désormais maudite à ses yeux quand le décret présidentiel est tombé. «L’annonce, le 20 mars, du retrait de la Convention d’Istanbul a envahi ma messagerie WhatsApp à 1 h 30 du matin. Le choc! Comment un seul homme peut-il décider du sort de toutes les femmes, soit la moitié de la population? Pour Erdogan, c’est une manœuvre politique pour satisfaire son électorat conservateur. Pour les femmes, c’est une question de vie ou de mort!», fulmine-t-elle.
Cette fameuse nuit, Filiz déverse sa colère sur une feuille A4. Au petit matin, tandis que les manifestations s’organisent aux quatre coins du pays, elle descend dans la rue et déclame son texte sous le regard bouleversé des passants. «C’est la première fois que je prenais la parole en public», dit-elle encore émue par les réactions à la vidéo de son stand-up, devenue virale sur Twitter. Ses parents ne lui parlent plus: «Ils disent que ma fille l’a cherché, que je lui ai donné trop de liberté.» Qu’importe.
Les réseaux sociaux lui ont offert sa «nouvelle famille»: un monde parallèle peuplé de militantes anonymes, mais aussi de célébrités sensibles à une cause autrefois taboue que certains hommes veulent désormais défendre. «Il y a quelques mois, le chanteur Haluk Levent m’a offert les services gratuits de son avocat, après avoir lu une de mes publications sur Twitter», raconte-t-elle.
La dégradation des droits
«En Turquie, le combat des femmes n’est pas nouveau», rappelle Canan Arin, cofondatrice en 1990 de l’association Mor Çati (Le Toit mauve), qui offre un refuge aux épouses et jeunes filles maltraitées.
Pour cette juriste chevronnée, l’abandon du traité protégeant les femmes n’est que la triste continuité d’une dégradation accélérée de leurs droits. «Ces dernières années, Erdogan nous en a déjà fait voir de toutes les couleurs, en qualifiant l’avortement de “crime contre l’humanité” ou en voulant réduire la femme à son rôle “d’épouse et de mère modèle”», peste-t-elle, en l’accusant de se «talibaniser».
En 2012, cette illustre avocate aux cheveux poivre et sel s’est retrouvée dans le collimateur de la justice, après un bref passage derrière les barreaux, pour «insulte aux valeurs religieuses» parce qu’elle avait dénoncé le mariage précoce des filles en citant l’une des épouses du Prophète qui n’avait que 7 ans lors de ses noces.
Mais rien ne l’arrête: remontée contre le nouveau coup de vis de celui qui se prétend toujours candidat à l’Europe, elle a déjà porté plainte «contre l’illégalité de ce retrait par simple décret présidentiel». «Plus on cherchera à nous étouffer, plus nous amplifierons notre voix», prévient-elle.
Un «parlement des femmes»
Une foule bruyante piétine l’embarcadère des vapurs de Kadiköy, qui font la navette entre les deux rives. Baskets aux pieds et masque bleu frappé du symbolique chromosome féminin, Tugce Ozçelik, 32 ans, nous y donne rendez-vous pour un énième rassemblement contre les manœuvres sexistes d’Erdogan.
Devant les grilles de police, qui quadrillent le périmètre surplombant le Bosphore, on doit ouvrir son sac et céder à l’humiliation de la fouille corporelle. Pourtant, il en faut plus pour impressionner la jeune militante de la plate-forme «Pour le maintien de la Convention d’Istanbul». «L’autre jour, on m’a embarquée au poste pour avoir voulu défendre des manifestantes contre des policiers qui les rouaient de coups pour les arrêter. Depuis, je suis obligée de pointer toutes les semaines au commissariat et mon passeport a été confisqué!», grimace-t-elle.
Sur les pancartes qui dansent au-dessus des têtes, on lit les habituels slogans: «Nous n’avons pas peur», «Tu ne marcheras jamais seule», «Arrêtez les féminicides, pas les femmes!». Le matin même, une nouvelle victime, Sezen Ünlü, enceinte de 5 mois, est encore tombée sous les coups de son mari violent. «Et quand je pense que la Turquie s’est retirée de la Convention sous prétexte que le texte nuit aux valeurs familiales et “normalise l’homosexualité”. On vit sur une autre planète!», lâche Tugce, en accusant le pouvoir de «mâle-honnêteté».
À la tribune, improvisée au pied d’une statue d’Atatürk, «père» de la Turquie laïque au début du XXe siècle, que défie aujourd’hui Erdogan, deux grosses enceintes crachotent le tube phare des féministes, signé de la pop star Deniz Tekin et dédié à toutes les victimes. On y reconnaît les cris d’Emine Bulut mixés dans la chanson. En 2019, cette mère de 38 ans est morte poignardée par son ex-mari sous les yeux de sa fille, dans un café d’Anatolie. «Je ne veux pas mourir», furent ses derniers mots, repris à l’unisson par la foule.
Chaque jour, les activistes travaillent à de nouvelles stratégies pour que des cris comme le sien ne soient plus étouffés. Une de leurs dernières initiatives consiste à placarder les façades d’immeubles d’affiches géantes reproduisant dans le détail la plainte manuscrite d’une femme harcelée. En 2019, l’artiste Vahit Tuna avait déjà frappé fort en décorant un mur d’Istanbul de 440 paires d’escarpins noirs – soit le nombre de féminicides recensés en 2018 – afin d’alerter sur ce fléau qui touche tous les milieux sociaux, des grandes villes aux bourgades les plus reculées.
À chaque fois que je sors de chez moi, je me dis que c’est peut-être la dernière fois.
Münevver Kizil (39 ans), maman divorcée, est menacée par son ex-petit ami.
Rien n’arrête les militantes: quand les forces de l’ordre tentent de les disperser, elles entonnent à tue-tête la version turque d’Un violeur sur ton chemin du collectif chilien Las Tesis. En 2018, elles ont même créé un «Parlement des femmes»: une assemblée réunissant des centaines de militantes, parmi lesquelles des survivantes de tentatives de féminicide.
Ce 31 mars 2021, c’est – Covid oblige – par écran interposé que se déroule la quatrième édition. Münevver Kizil, l’une d’elles, nous invite à y assister depuis son appartement, dont l’adresse est maintenue au plus grand secret. Au pied de son immeuble, aucun nom, ni numéro d’étage ne figurent sur l’interphone. «Je fuis la mort depuis huit ans. À force d’être harcelée, j’ai déjà changé cinq fois de logis», souffle cette maman divorcée de 39 ans, que son ex-petit ami poursuit avec une insistance maladive.
Depuis leur rupture, en 2013, il a tout essayé: menaces téléphoniques, usurpation d’identité, chantage politique. «Un jour, il m’a même suivi dans la rue en me collant un revolver sur le dos. À chaque fois que je sors de chez moi, je me dis que c’est peut-être la dernière fois», souffle-t-elle, en ouvrant l’application Zoom.
Une mosaïque de visages inonde immédiatement son smartphone. Münevver explique aux copines qu’elle a encore rendez-vous au tribunal le lendemain matin. À ce jour, elle a déposé 56 plaintes contre son harceleur qui, comble de l’absurde, est toujours en liberté! Derrière l’écran, les encouragements fusent: tout le monde garde en tête le cas de Sevtap Sahin, tuée en 2020 par son mari, après avoir porté plainte à 60 reprises! «Le soutien des autres femmes est précieux. Il m’encourage à ne rien lâcher. Si je meurs, j’aimerais au moins que mon combat serve d’exemple. Qu’on ne dise pas que je me suis tue!», avance Münevver.
Changer les mentalités
Dénoncer, alerter, faire bouger les lignes: c’est aussi l’objectif que s’est fixé Nihat Palandöken. Il y a 4 ans, la vie de sa fille aînée, Helin, s’est brutalement arrêtée devant la porte de son lycée après qu’un soupirant frustré l’eut abattu par balle avec une arme achetée sur internet.
Au bout d’un an de procès, le meurtrier a finalement été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Mais pour ce père endeuillé, la bataille ne fait que commencer: «Au-delà des lois, ce sont aussi les comportements et les mentalités qu’il faut changer!»
Transformé à jamais, Nihat est à l’origine d’une pétition inédite contre le port individuel d’armes. «J’ai déjà récolté 50.000 signatures», se félicite-t-il. Une minivictoire qu’il partage à haute voix avec sa fille, lorsqu’il lui rend visite au cimetière.
Sur la stèle, où figure le nom de Helin en lettres blanches, il a fait graver le signe de l’infini à la place de la date de son meurtre. «Parce que pour moi, elle n’est pas morte. Elle vivra toujours dans mon cœur.»
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