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Les combines des religieux d’Erdogan

Le Point, le 19/07/2018

« Le Point Â» a eu accès à des centaines de documents diplomatiques qui révèlent les pratiques de l’islam consulaire turc en France.

Enquête.

Par Clément Pétreault 

 
Le Point pu consulter plusieurs centaines de documents electroniques echappes du bureau religieux de l’ambassade de Turquie et de l’Union turco-islamique des affaires religieuses en France, la Ditib.
Le Point pu consulter plusieurs centaines de documents électroniques échappés du bureau religieux de l’ambassade de Turquie et de l’Union turco-islamique des affaires religieuses en France, la Ditib.

 

 

C‘est l’histoire d’un naufrage raconté par une fuite informatique. Le Point a pu consulter plusieurs centaines de documents électroniques échappés du bureau religieux de l’ambassade de Turquie et de l’Union turco-islamique des affaires religieuses en France (appelée la Ditib). Ces structures gèrent 202 imams fonctionnaires détachés par Ankara, ainsi que 264 mosquées turques réparties sur tout le territoire français. Un intarissable flux de courriers diplomatiques, de listes d’affectation de personnels et de relevés bancaires dessine une organisation obnubilée par l’argent, peu soucieuse de l’orthodoxie comptable et pilotée par le ministère de la religion d’Ankara abreuvé de notes politiques. Cette institution religieuse, c’est la Diyanet, puissante administration turque qui structure un « clergé d’Etat » musulman. Cette forteresse est dirigée par un haut fonctionnaire depuis 1924. La Diyanet envoie diplomates et imams dans le monde entier, y compris en France. Couronnement d’une carrière au service de la foi, le bureau des affaires religieuses de Paris accueille l’élite administrative turque qui veille au déploiement du réseau religieux en France.

 

Sommes en liquide. A travers cette fuite de documents, on observe avec stupeur l’organisation de l’islam consulaire turc dans l’Hexagone. On y constate la circulation d’importantes sommes en liquide, les petits arrangements du personnel, la défiance des diplomates, les trahisons quotidiennes, et on découvre, comme on pouvait le craindre, des preuves qui démontrent que des diplomates religieux n’hésitent pas à se transformer en commissaires politiques dès lors qu’il s’agit de devancer les désirs du président Erdogan. Ces documents confirment également une intuition : la France ne fait pas exception dans le grand chantier de Â« rattrapage communautaire » des diasporas turques déployé partout en Europe par Erdogan. A la manière de ce qui se passe en Allemagne, en Suisse, aux Pays-Bas, en Suède ou dans les Balkans, islamisme et exaltation du sentiment nationaliste turc sont entretenus par des fonctionnaires aux ordres d’un pouvoir en pleine dérive autocratique.

Pour authentifier, traduire et analyser ces pièces qui révèlent ce système religieux bien éloigné des préceptes de l’islam, nous avons travaillé pendant plusieurs semaines avec des journalistes et universitaires turcophones répartis dans différents pays d’Europe. Afin de préserver leur sécurité, ces derniers ont conservé l’anonymat.

Si l’islam officiel turc était une entreprise, ce serait une machine à cash. Comme en attestent les innombrables pages de relevés de comptes, d’importantes sommes circulent entre Paris et Ankara. Toutes ne sont pas nécessairement illégales, mais on mesure combien ce marché religieux, opéré par quelques rares prestataires, est important. Quelques chiffres retiennent l’attention. Recettes du pèlerinage de 2012 pour les Franco-Turcs au départ de France : 3 628 400 euros. Bénéfice pour les affaires religieuses à Paris : 505 434 euros, après transfert de 1 942 220 euros à la fondation Diyanet à Ankara. La générosité des fidèles de France est fréquemment sollicitée et génère d’importantes sommes en liquide. Pour l’année 2013, le produit de la vente de 53 490 calendriers de la Diyanet s’est élevé à 240 705 euros, Â« à peu près intégralement en liquide », précise un connaisseur.

Cotisation. Il y a aussi ces fonds obsèques, gérés par Ditib Paris ou ses antennes régionales (Lyon et Strasbourg), qui génèrent d’énormes mouvements financiers. Ce dispositif très populaire dans la communauté turque sunnite prend en charge le rapatriement des corps en Turquie lors du décès de l’un de ses adhérents. Un document de 2014 fait état de 45 190 adhérents à Paris, 37 626 adhérents à Strasbourg et 65 320 adhérents à Lyon, soit un total de 148 136 membres. A cette période, la cotisation à Paris était de 20 euros par adhérent. Â« Ditib Paris ne devait pas dénombrer plus de 150 décès par an,affirme le connaisseur du système. Un rapatriement de corps avec deux billets d’avion pour les accompagnants était facturé, sans aucun appel d’offres, environ 3 500 euros… Faites vous-même les calculs. » Ce que nous faisons donc. Pour Paris : 903 800 euros de recettes, pour une dépense de 525 000 euros. Reste donc un bénéfice estimé à 380 000 euros annuels. Pas mal pour une association qui ne manque jamais de rappeler sa vocation sociale et caritative. L’émanation française de la Diyanet a fondé en 2012 l’Association d’aide sociale et de solidarité dont les statuts prévoient qu’elle doit servir à Â« obtenir des carrés musulmans, aider au transfert des dépouilles en Turquie, former des imams, préparer des cours d’apprentissage du français, du turc, d’informatique, de couture, de Coran ; distribuer des bourses aux étudiants en récoltant les dons islamiques comme la zekat [aumône, NDLR], organiser le sacrifice rituel et en récolter les sommes, organiser le pèlerinage, publier des livres, vendre des tapis de prière, des voiles, des chapelets ; organiser des campagnes humanitaires, assister spirituellement les malades et les personnes emprisonnées. » Cette dernière n’a jamais publié ses comptes. Face à ces tarifs souvent jugés abusifs par les fidèles, des associations locales ont créé leurs propres assurances rapatriement funéraire sur un modèle mutualiste. Ce qui a obligé Ditib à aligner ses prix. Depuis cette année, les cotisations des fonds obsèques de Ditib Paris sont passées de 20 euros à environ 12 euros… pour un service identique.

Religieux ayant rejoint l’aristocratie des fonctionnaires, l’homme qui préside l’Union turco-islamique des affaires religieuses en France se voit systématiquement gratifié – outre des jalousies de ses collègues – d’un salaire confortable et d’un passeport diplomatique. Le responsable religieux occupe un bureau au consulat de Boulogne et au siège de Ditib, à Bagnolet, et peut, lorsqu’il est reçu à l’ambassade, contempler les boiseries ouvragées de l’hôtel de Lamballe, splendide bâtisse du XVIIe siècle construite au cÅ“ur du village de Passy. Il a pu bénéficier aussi d’un logement de fonction à Neuilly, acheté sur le budget du bureau des affaires religieuses, via la SCI Ditib, montée en 2007 par des prête-noms et liquidée en 2014. Signe d’un amateurisme le plus complet, ces derniers ont ratifié une surprenante renonciation à leurs droits : Â« Si, entre-temps, il nous arrive quelque chose, nos héritiers n’ont aucun droit sur ce bien. (…) Nous sommes devenus les associés de la société seulement pour accélérer, à l’époque, la procédure », expliquent-ils.

Ceux qui occupent la fonction de conseiller rendent aussi compte des débats qui agitent la communauté turque sunnite fidèle à la Diyanet. Certains attachés évoquent librement les rumeurs de corruption qui entachent la crédibilité de l’islam consulaire turc. L’ambassadeur de Turquie lui-même semble se méfier de la Ditib, nous apprend le conseiller religieux Gençaga Sayan. Dans un courrier du 7 mai 2015 adressé à son administration de tutelle, la Diyanet, il relate un épisode visiblement douloureux. Des accusations de corruption ont couru en 2012 sur la Ditib et, Â« malheureusement, l’ambassadeur de l’époque, M. Tahsin Burcuoglu, a cru à ces accusations », se lamente Sayan.

« Pression sur les gens ». Le nouvel ambassadeur, Hakki Akil, nommé à Paris en avril 2014, ne semble pas plus à son goût, ce dernier l’ayant humilié en public dès leur première rencontre. Sayan relate cette scène dans son rapport : Â« Comment se fait-il qu’il y ait tant de plaintes contre Ditib en France ? Pourquoi Ditib fait pression sur les gens ? » s’est agacé l’ambassadeur en pleine assemblée avec des responsables associatifs. Sayan, infatigable graphomane qui couche sur papier le moindre bruit de couloir, s’épanche : Â« J’ai eu le sentiment que l’ambassadeur avait des préjugés sur Ditib. J’ai compris par la suite que je ne m’étais pas trompé ». Le conseiller religieux défend sa sincérité face à ce diplomate peu religieux qu’il méprise : Â« Moi qui passe tous mes week-ends à rendre visite à des associations et à rencontrer nos concitoyens, moi qui passe mes vacances et mes fins de semaine sur les routes, sans chauffeur… Comment pourrais-je vouloir semer la discorde ? » se plaint-il. Le conseiller Sayan, au nom prédestiné (« celui qui calcule »), restera en poste à Paris jusqu’en juillet 2016. Dans ses échanges, il confesse à demi-mot une gestion loin d’être irréprochable. Lors d’une affaire de bail qu’il aurait aimé révoquer pour des raisons politiques (il soupçonne le locataire d’un local Ditib d’appartenir au PKK), le conseiller explique qu’il hésite à enclencher une procédure légale : Â« Si l’affaire est portée devant le tribunal, nous pensons que les autres associations Ditib seraient exposées et soumises à un contrôle financier », s’inquiète-t-il. Le conseiller religieux n’oublie pas non plus de flatter le pouvoir turc en utilisant le vocabulaire d’Erdogan. Par exemple, il dénonce ceux qui ne sont pas dans la ligne du régime et évoque le cas d’un membre Â« de la structure parallèle », terme employé dès 2013 par le président Erdogan et ses sympathisants pour désigner les membres de la communauté religieuse de Fethullah Gülen.

Lorsque survient la tentative de coup d’Etat de juillet 2016, le réseau religieux officiel turc accompagne sur le territoire français la chasse aux sorcières lancée par le président Erdogan. Ainsi, M. O., imam dans l’est de la France, a fait les frais de cette purge massive. En juillet 2016, il se trouve en Turquie pour un stage. Dénoncé par une lointaine connaissance, il est d’abord interdit de sortie du territoire, puis placé en détention provisoire en février 2017. Â« Tout l’appareil d’Etat turc s’est alors mis en route contre moi », nous raconte-t-il. En mai 2017, il comparaît devant la cour d’assises de Samsun, en Turquie, pour appartenance au mouvement Gülen, ce qu’il n’a jamais caché. Parmi les preuves qualifiées d’ « irrévocables » par les juges, divers témoignages à charge directement recueillis en France par Fevzi Hamurcu, l’attaché aux affaires religieuses du consulat de Strasbourg (devenu depuis chef de Ditib France).

La méthode, peu orthodoxe, ne s’encombre pas de commission rogatoire internationale comme le prévoient les usages en pareille situation. Au milieu des dépositions consignées par l’attaché consulaire qui se découvre une vocation de commissaire politique, on trouve une enquête (consignée comme témoignage) d’un certain Mustafa C., membre actif de l’UETD, une association de soutiens d’Erdogan en France. L’homme, qui ne connaît pas l’accusé, M. O., explique être allé interroger ses voisins et ses connaissances pour venir en rendre compte aux autorités turques. Condamné en 1999 par le tribunal correctionnel de Strasbourg à six ans de prison pour proxénétisme Â« avec emploi de la contrainte ou de violences », Mustafa C. confirme que l’imam accusé appartient bien au mouvement Gülen. Le témoignage du proxénète reconverti en enquêteur l’emporte sur la défense de l’imam. La cour d’assises de Samsun condamne M. O. à six ans et trois mois de prison. Il profitera de l’appel pour fuir la Turquie et franchir la frontière à pied avant de retrouver sa famille en France… Â« Depuis cette affaire, j’ai perdu mon travail, je sors le moins possible de chez moi et mes enfants n’osent plus jouer en bas de l’immeuble », raconte l’ancien imam, qui a porté plainte en France pour faux témoignage et dénonciations calomnieuses.

Broyeuse. Il arrive que l’arroseur finisse arrosé. Les accusations de « gülénisme » étant un moyen efficace de se débarrasser de ses ennemis ou ses chefs honnis, le zélé conseiller Sayan se retrouve à son tour dénoncé. Sa chute est narrée avec force détails dans un courrier du 21 juillet 2016, six jours après la tentative de coup d’Etat et le début de la grande purge. La lettre est envoyée par un imam contractuel du siège de la Ditib, Yusuf Özcan. Ce dernier indique qu’il souhaite, au nom de son Â« devoir de citoyen », relater des faits dont il a été témoin. Il rapporte donc une conversation entendue à la cantine le 19 juillet, dans laquelle Sayan semble inquiet : Â« La Diyanet a suspendu 492 membres de son personnel, dont un attaché religieux. Je me demande si c’est moi », s’interroge Sayan à voix haute.

Le lendemain, toujours à la cantine, Özcan discute avec Sayan et lui annonce que l’Etat turc n’enverra pas les fonctionnaires radiés devant les tribunaux. Cette information inspire à Sayan cette réflexion : Â« Ah bon ? Le salaire des fonctionnaires suspendus continuera donc d’être versé ? » Commentaire d’Özcan : Â« Alors que je m’attendais à ce qu’il me réponde que les traîtres doivent être sanctionnés, sa réaction m’a grandement surpris. » Ses surprises ne s’arrêtent pas là. Dans les heures qui suivent, le citoyen Özcan surprend son chef Sayan près de la broyeuse à documents, manifestement occupé à faire le ménage. Il sera rappelé en Turquie et sera rétrogradé à un poste de prédicateur dans la province d’Ordu. Quant à l’ancien imam hanté par son devoir citoyen Yusuf Özcan, il est aujourd’hui journaliste au siège parisien de l’agence Anadolu, l’agence de presse officielle turque. Ses obsessions ne semblent pas l’avoir quitté. Il rédige par exemple des articles qui s’indignent de ce que les villes françaises ne pratiquent pas elles aussi la chasse aux gülénistes… A croire que certains imams ne servent pas que Dieu et ses fidèles.

Contactées par Â« Le Point », ni l’ambassade ni la Ditib n’ont répondu à nos sollicitations.

 

L’imam aimait les Mercedes

1/ Secret. Izzet Er tient Ankara régulièrement informé à l’aide de notes confidentielles. 2/ Bon de commande. La facture de la Mercedes du professeur Er sera réglée en partie par le Bureau des affaires religieuses de Paris.

 

 

Izzet Er, universitaire traducteur de Durkheim, débarque à Paris en 2011 après avoir occupé le poste en vue de vice-président de la Diyanet. Ceux qui l’ont connu sont formels : le Pr Er n’appartient pas aux grands fantaisistes de ce monde. Ce quinquagénaire incarne avec sévérité le jacobinisme administratif à la turque, ce qui ne l’empêche pas de cultiver une passion secrète pour l’automobile. Le 8 octobre 2013, il s’offre sur les deniers des Affaires religieuses une Mercedes-Benz C180 limousine laquée noir, d’une valeur, d’après le bon de commande, de 44 541,70 euros TTC. Finalement, 33 851 euros sont réglés par virement. En revanche, aucune trace comptable des 10 700 euros restants. Le théologien à la Mercedes sera promu en octobre 2012 Ã  la tête de Ditib Allemagne, qu’il dirigera jusqu’en juillet 2014 tout en gardant un Å“il sur la France. Cette puissante structure, fleuron européen de la Diyanet, chapeaute un réseau de 800 mosquées sur le territoire allemand.

 

 

Quand l’ambassade organisait l’insolvabilité de l’association religieuse…

1/Porosité. Chèque de 50 000 euros émis le 22 novembre 2013 par le bureau des affaires religieuses de l’ambassade au profit de l’Union turco-islamique des affaires religieuses en France (Ditib), signé par le professeur Izzet Er. 2/ Recettes. Relevé du compte diplomatique consacré au pèlerinage des fidèles à La Mecque : 2 713 752 euros y sont crédités entre le 26 et le 29 septembre 2011.
 
Officiellement, les comptes diplomatiques du bureau des affaires religieuses et ceux de l’association Ditib sont séparés, mais le rapport du conseil de surveillance de Ditib du 19 janvier 2013 pointe des irrégularités : Â« Il ressort des décisions et des documents comptables que les dépenses de Ditib et celles du bureau des affaires religieuses sont imbriquées. Nous sommes d’avis qu’il serait fondé de prendre les dispositions nécessaires afin que ces dépenses soient distinctes Â», suggère le rapport. VÅ“u pieux, qui ne sera pas entendu. Le bureau des affaires religieuses de Paris étant une machine à produire de la note politique, les preuves de ces imbrications ne manquent pas. Le 9 septembre 2014, le conseiller Gençaga Sayan écrit à la banque de l’ambassade : Â« Merci de faire le nécessaire pour qu’un virement de 130 000 euros soit effectué de notre compte vers le compte de Ditib pour des paiements des salaires du personnel, de la société de pompes funèbres et autres factures. Â»Et la pratique fonctionne dans l’autre sens. En 2015, le religieux se vante auprès de sa hiérarchie d’avoir délibérément organisé l’insolvabilité de Ditib, l’association est condamnée aux prud’hommes à verser 60 000 euros à un ancien salarié : Â« De peur que cet argent soit retiré à notre insu, les sommes des comptes de Ditib ont été transférées sur le compte diplomatique de l’ambassade. Car le tribunal avait envoyé la décision [de saisie] Ã  la banque. Â»Â« [L’huissier] a bien tenté de ponctionner le compte de Ditib, mais en vain Â», se félicite-t-il, non sans égratigner au passage l’avocat Selçuk Demir, qui se serait Â« désintéressé de l’affaire Â».

 

Des diplomates qui jouent aux commissaires politiques

1/ Purge. Procès-verbal d’audition de témoin extrait du dossier judiciaire de M. O., imam condamné à six ans et trois mois de prison en Turquie pour « gülénisme Â». Les déclarations à charge de Mustafa C. ont été consignées en France le 13 septembre 2016 par l’attaché aux affaires religieuses du consulat de Strasbourg, Fevzi Hamurcu. 2/ Inspection.Fevzi Hamurcu et Numan Kurtulmus, vice-Premier ministre turc chargé de la Diyanet, dans les locaux de Ditib Strasbourg, le 13 juillet 2017.

 

 

320 912 euros en liquide

 

Un virement parmi d’autres. Â« Je vous prie de bien vouloir faire le nécessaire pour que la somme de 15 000 euros soit remise, à partir de notre compte 136200 ouvert dans votre banque, au secrétaire de notre bureau Ibrahim Karaoglu pour le paiement de frais divers. Â»

 

La gestion des comptes diplomatiques du bureau des affaires religieuses est l’affaire de l’indéboulonnable secrétaire Ibrahim Karaoglu. Cet homme d’appareil observe depuis seize ans le défilé des conseillers à la tête du bureau des affaires religieuses et connaît, mieux que quiconque, les rouages de l’institution. Rien ne lui échappe. Son nom apparaît sur une quantité considérable de documents bancaires et financiers. D’après les relevés bancaires que nous avons pu étudier, entre septembre 2007 et décembre 2014, Karaoglu retire plus de 110 000 euros en liquide du compte diplomatique Â« Hac Â». Un compte, si l’on en croit l’intitulé, normalement réservé à la collecte des fonds des fidèles pour le pèlerinage à La Mecque. Karaoglu ponctionne aussi d’autres comptes diplomatiques. Sur la même période, il retire au total 320 912 euros en liquide des comptes diplomatiques hébergés dans la succursale parisienne d’Isbank. Les bordereaux d’opération précisent généralement Â« dépenses diverses Â».

 

264 mosquées

Le conseiller aux affaires religieuses est rattaché à l’ambassade de Turquie en France. Ce religieux au statut de diplomate a la charge des imams fonctionnaires, appelés assistants sociaux. Il est aussi président de droit de Ditib France, structure qui possède plus de 70 mosquées dans l’Hexagone et en administre 264. Cette association, fondée en 1986, permet en théorie de mener les affaires religieuses en conformité avec le droit français. Quatre attachés religieux sont présents dans les consulats turcs en France et sont aussi présidents des déclinaisons locales de Ditib : Paris (Hüseyin Avni Böge), Strasbourg (Fevzi Hamurcu), Lyon (Ahmet Sacinti) et Bordeaux (non pourvu).

 

 

L’œil d’Ankara sur les affaires religieuses

 

Greffier. Le conseiller Sayan ne perd jamais une occasion de relater les faits et gestes de ses compatriotes. Ci-dessus, un rapport concernant une affaire de locaux appartenant à Ditib et loués à un membre supposé du PKK…

 

 

 

Nationalisme. Photos publiées le 23 avril 2017 sur la page Facebook de la mosquée Ditib de Fameck (Moselle). Des enfants rejouent la bataille de Gallipoli à l’aide d’armes factices. Des photos similaires en Autriche ont entraîné la fermeture de six mosquées.

 

 

 

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